Mercredi 14 mai 2008
(La violence suite)

Incivilité, banlieue

Parler d’incivilité pour nommer la violence dans les banlieues n’est en fait que revenir  à l’étymologie de ban et civil. Ceux condamnés au bannissement, mis au ban de la société civile pour n'avoir pas observé les règles de la bonne société, devaient sortir et s’éloigner de la cité d’au moins une lieue. A cette distance, on quittait la cité civilisée pour entrer dans la zone incivile ou impolie. Habiter en banlieue, c’est donc déjà être banni de la cité avant même d’avoir commis un délit. Alors, est-ce consciemment que les urbanistes des années 1960 conçurent les grands ensembles d’habitations en dehors et autour des villes, à la place des bidonvilles ?

Cette zone marginale était le domaine d’Artémis ou Diane ou Luna (la Lune), vierge farouche, reine des bois et de la nuit. Elle se livre à la chasse dans les forêts, les clairières et près des sources, tous les lieux de marge entre deux univers, entre la sauvagerie et la civilisation : c’est elle qui règle le passage d’un monde à l’autre. Elle est représentée en habit de chasse, les cheveux noués par derrière, la robe retroussée, le carquois sur l'épaule, un chien à ses côtés, et tenant un arc bandé dont elle décoche une flèche. Elle a les jambes ainsi que les pieds nus, et le sein droit découvert. Coureuse des bois, sauvageonne insoumise et fière, Artémis appartient avant tout au monde sauvage, alors que son frère Apollon, Dieu du soleil, se présente comme un dieu civilisateur. Elle est aussi à la tête d'une bande de nymphes et de jeunes mortelles, qu'elle mène à travers les forêts, elle est la dame des fauves.

« Nous devons parier sur la banlieue » (Fadela Amara). Fadela, avec sa troupe de « Ni putes, ni soumises », est-elle la nouvelle Diane chasseresse ?






On peut aussi considérer que c’est une chance d’habiter dans un espace plus vaste, moins fermé que la ville peureuse, psychanalysée et périphériquée. Le paradoxe est que beaucoup d’habitants de banlieue se sont eux mêmes, ou l’ont été, enfermés dans « leur » cité, mais sans avoir les moyens, les richesses et la culture de la grande ville.
Ou une autre culture ? le Rap banlieusard ?
http://www.dailymotion.com/video/x58z2a_justice-stress-official-video_music

en opposition au Hard rock citadin ?link

ou à la Reine de la nuit de Mozart à l'opéra.





La banlieue étant un non-lieu, la question du déplacement se pose, surtout la nuit.
"Je prenais les transports sans soucis, sans peur car, après tout,  même à une heure du mat, il y a toujours du monde dans le train.
Quelques gouttes de sueur sur les tempes, le cœur qui bat, j’arrive 5 minutes avant le dernier RER E, c’est bon, je serai dans mon lit d’ici 30 minutes.
Je monte dedans, tout en sélectionnant brièvement un étage où il y a du monde. Je m’assois, je respire .
Détendue sur un siège près de la fenêtre, des pas approchent et montent les escaliers ; trois jeunes débarquent ; ils parlent fort et dégagent une odeur d’alcool. Ils s’avancent vers le fond du wagon, puis reviennent sur leurs pas pour m’encercler. Je sens des regards, je sors mon Pennac comme un bouclier.  «On te dérange ???», dégueule le mec devant moi. «Non non, c’est bon.» Je le regarde froidement.  «Heureusement», me rétorque t-il agressivement.
J’ai vite baissé les yeux pour faire mine de lire, évidemment je n’ai rien compris aux phrases du livre, mes yeux glissaient sans accrocher le moindre mot. Mes oreilles traînent, ils parlent fort, mettent de la musique bledarde sur leur portable, ils montent le son et se mettent à chanter. Puis ils parlent dans leur langue, comme pour déranger et foutre un malaise. Ils parlent de moi, «elle se croit à l’école», des bribes de mots sortent, je ne préfère pas écouter. L’un d’eux pose sa jambe sur les sièges pour créer une barrière et me bloquer le passage. Les minutes s’écoulent lentement, j’appréhende l’arrivée à Bondy.
Noisy-le-Sec, un arrêt avant ma destination, tout le monde descend du wagon sauf les trois jeunes. Je ne peux pas prendre le risque de rester avec eux, ils sont agressifs et semblent camper comme des rois dans leur train de banlieue. Je me lève, force le gars devant moi à baisser sa jambe, le remercie timidement mais essuie des regards et un «BONNE SOIREE» menaçant ; ils parlent dans mon dos mais je ne pense qu’à sortir de cette prison et rejoindre la masse protectrice des autres voyageurs. J’ai couru sur le quai pour monter dans un autre wagon et me planquer dans un siège éloigné. Ce soir-là, je suis rentrée dégoûtée, mais aussi surtout effrayée.
Je me suis sentie, diminuée, voire «conne». Où est passée ma liberté ? Pourquoi devoir subir chaque jour cette domination dégueulasse. Cette domination qui demeure dans chaque petit geste déplacé.
Globalement, il faudrait dire non à ce portable bruyant, à ces conversations imposées, à cette clope fumante, à ce crachat purulent qui nous indisposent dès le matin, car chacun de ces petits actes ne fait qu’amputer notre liberté de citoyen. Et plus particulièrement de citoyenne, puisque les nénettes y sont davantage exposées…
J’avais depuis longtemps oublié ce sentiment de peur car je prenais, depuis quelques mois, plus sereinement le train. Vous direz sûrement que je n’ai pas été violée, que je m'en fais une montage mais je crois que ce comportement est inadmissible, et cet incident provoque mon ras-le-bol. Ces jeunes hommes ne semblent plus avoir de respect pour quoi que ce soit, ils dégagent de la haine et imposent un pouvoir non justifié sur les autres.
Que ce soit envers la gente féminine qu’ils dénigrent ou les garçons qu’ils jalousent. C’est à cause de ces citoyens pourtant de mon âge que j’évite désormais de m’attarder le soir car le dérapage total n’est pas impossible.
Dans le meilleur des cas, je m’arrange pour qu’un copain ou une copine m’héberge sur place ; sinon, je prends le risque de faire de mauvaises rencontres et de passer la soirée la tête parasitée par la peur du retour chez soi… peur que je juge inacceptable." (Melody)

18h, le RER B est plein. Un jeune homme écoute du rap sur ses écouteurs. La musique à fond déborde du casque et éclabousse les passagers. Une jeune femme se lève, lui tape sur l’épaule, pour le ramener à la réalité du wagon. Elle lui explique calmement que tous ici nous avons eu une journée chargée et que nous aimerions voyager en paix. Le jeune homme nous regarde qui le regardons. Il descend furieux à la première station. En quittant le train, je félicite la jeune femme pour son courage que je n’ai pas eu. Elle parait surprise.

Autre train
"Voici donc notre tour de monter dans un de ces trains de marchandises que nous voyions de loin et dont nous pouvions imaginer les conditions de « séjour ». Beaune-la- Rolande se trouve a dix-huit kilomètres de Pithiviers. Nous partons à vingt heures, entassés à même Ie plancher. Bientôt c'est l'obscurité. Un seul seau hygiénique. Je ne sais pour quelle raison tout notre wagon est pris de coliques épouvantables. Le seau déborde. A travers le grillage, nous faisons appel aux employés, mais ils font la sourde oreille. Il n'y a qu'un moyen héroïque : vider le seau avec une boite de conserve que quelqu'un me tend. La nuit est utilisée a ce passe-temps car les coliques continuent. L'atmosphère physique et psychique est déplorable. Nous arrivons à Beaune enfin le lendemain matin a neuf heures. Les quatre enfants qui ont perdu la parole et le sourire sont admis à l'infirmerie." (La tante d'Hélène, déportée)

La piste du Grand Paris est pleine de promesses. Faire un tout de Paris et ses banlieues. On en parle aujourd'hui !
Paris et ses banlieues, la tête du Christ et sa couronne d'épines ! (Céline, je crois)

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Mercredi 30 avril 2008
(la violence suite)

Au-delà du mal
Au départ, pervertir (per-vertire), faire tourner, mettre sens dessus-dessous, corrompre. Puis, le pervers devient celui
qui montre une tendance pathologique à accomplir des actes immoraux. Mais la moralité variant dans le temps, l’immoralité aussi.

"Le pervers est quelqu’un qui jouit de faire le mal et qui en a conscience... tous les êtres humains ont des fantasmes pervers : envie de tuer, de nuire, de s'exhiber, de dominer, de faire souffrir. C'est en cela que la perversion est la part obscure de nous-mêmes, sauf que nous ne passons pas à l'acte. L'éducation, la culture et la civilisation nous incitent à mettre notre pulsion de destruction et de cruauté au service du bien et de la création.
On ne devient réellement pervers que lorsqu'on concrétise nos fantasmes pervers, soit à titre individuel, soit de façon organisée, comme dans les dictatures où l'Etat devient tortionnaire et persécuteur. Les pervers qui passent à l'acte nous révèlent cette part cachée de nous-mêmes. Sans eux, on ne saurait pas ce qu'est le bien, puisqu'ils nous montrent le mal. La perversion est nécessaire à la civilisation.
Beaucoup plus grave est d'avoir affaire à un système pervers puisque, dans ce cas, la loi est du coté du mal." (Elisabeth Roudinesco)

"... les crimes sexuels, reflets d’une véritable fascination dans une société qui fait le lit d’une pornographie banale et généralisée. L’omniprésence du thème des agressions sexuelles conjugue de plus en plus étroitement le sexe et la violence. Le sexe n’est jamais apparu autant qu’aujourd’hui comme un danger qui rôde, comme une ombre inquiétante qui menace toutes les relations." (Serge Hifez)

Pédophile veut dire : celui qui aime les enfants, un peu trop. N’aimons nous pas tous les enfants ? Vers 1990, donc récemment, le mot a pris une valeur très négative avec abus sexuel, et même violence et assassinat. Le pédophile, celui qui ose s’attaquer à l’image sacralisée de l’enfant innocent, occupe plus qu’un autre la place du déchet, de celui qui a définitivement perdu sa part d’humanité.

"Une Allemande en noir avec des lèvres mortes, elle parle d'une voix à peine audible. Avec elle une petite fille qui porte des ecchymoses noires veloutées, sur le cou et le visage. Un oeil est enflé, sur les bras des bleus énormes. Cette petite fille a été violée par un soldat de la compagnie de transmissions de l'état-major général." (Vassili Grossman)




Gilles de Rais, compagnon de guerre de Jeanne d’Arc, « démon à côté d'un ange », fut condamné et exécuté pour avoir immolé des enfants, soit pour mettre plus de raffinement dans ses plaisirs abominables, soit pour employer leur sang, leur cœur ou quelques autres parties de leurs corps dans ses charmes diaboliques.
Georges Bataille voit en Gilles de Rais la figure exemplaire d’une époque de la féodalité où la raison balbutiante n’avait pas encore muselé la fête archaïque de la violence : « Sa noblesse a le sens d’une violence ne regardant rien et devant laquelle il n’est rien qui ne cède ».
Disons plutôt que Gilles de Rais fait partie des 5% de personnes à tendance psychopathe qui, du fond de son château-fort, a pu donner libre cours à des cruautés satanistes.

Du point de vue de la nature humaine décrite par ses pulsions génétiques et biologiques, la pulsion de meurtre voudrait expliquer que l'humain est programmé pour tuer. L’Instinct, comme ailleurs Dieu, serait alors le principe explicatif passe-partout pour justifier absolument et définitivement ce que nous ne comprenons pas. Non, il suffit de regarder un documentaire ou un film (Full Metal Jacket de Kubrick) sur la formation et l’instruction militaire des commandos, Légion étrangère, paras, Marines pour se rendre compte qu’il faut apprendre à tuer, et même que ce n’est ni facile ni naturel. Pas d’angélisme, l’homme naît-il bon ? est un sujet  de discussion de fin de soirée avec fumette. Ce qui existe, ce sont des académies de médecine pour apprendre à des jeunes à soigner les gens et des académies militaires pour apprendre à des jeunes à tuer les gens. A chacun selon sa vocation.

Les enfants ont besoin d’être aimés et, encore plus, compris. Mais qu’est-ce que sa mère lui a fait à Saddam Hussein pour qu’il ait été si cruel ? ou pas fait ? Ou son père ? Comment devient-on dictateur sanguinaire? Saddam se prenait pour Saladin.
« Chirac est le genre d’homme que toutes les mères auraient aimé avoir comme fils » (un ami) Voulait-il dire que les mères pour simplement perpétuer la race, protéger la famille, assurer l’avenir et pour leur propre orgueil préfèrent un fils fort, même menteur, … même despote cruel ?

Revenons au mythe d’Abraham, celui qui a eu la révélation de Dieu, la vision, celui qui a affronté son propre père car il ne veut plus adorer les dieux de sa tribu, celui qui ne s’est pas soucié de Sarah sa femme et la mère, ni d’Isaac son fils en acceptant de sacrifier son propre fils pour obéir à son nouveau Dieu Yaveh. Au moment où Abraham va trancher la gorge de son fils, Dieu retient sa main. Que les croyants pardonnent cette réflexion sacrilège : les exécutions simulées font partie de l’arsenal courant des tortures. Et puis, psychanalyse oblige, comment Isaac a t-il vécu après ce moment délicat ? Papa, non, me fais pas ça ! Cet épisode terrible de la Bible, il y a plus de 3300 ans, est fondateur dans les trois religions monothéistes. Depuis, une bonne partie de l’humanité, Juifs, chrétiens et musulmans adorent ce dieu qui a commis là une action qu’on pourrait qualifier de perverse. Comment s’étonner que l’humanité placée sous une telle égide soit déchirée par des guerres continuelles et des actes barbares ?

Non au patriarcat avec des pères aussi insensés qui ont des visions de meurtre. Les pères que je connais, pleins d’amour pour leurs fils, jamais au grand jamais, n’obéiraient à un tel ordre. Ils ne sont pas soumis !

Pères orientaux, n’envoyez pas vos fils se faire exploser en martyrs. Les fils occidentaux ont déja envoyé des pavés dans la gueule de leur père.
Un ami avait écrit, en tremblant de son audace, sur un mur en 68 : "Vieux, vous êtes vieux" !

La piste redevient ambiguë. Que faire de ses visions ?

(à  suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Mercredi 23 avril 2008
(violence suite)

La femme est physiquement le sexe faible, sa masse musculaire étant 60% de celle de l’homme, alors que sa jouissance sexuelle serait, selon Tirésias, sept fois supérieure. L'orgasme, selon Aïcha, une des femmes du prophète, c'est la montée au septième ciel (encore 7?). Ces chiffres pourraient expliquer la violence faites aux femmes depuis la nuit des temps par les hommes plus forts, mais ayant (7fois) moins de plaisir. Violence, Viol, du latin Violare, vient de Vis, vires, la force en action, peut-être apparenté à Vir, viril, l’homme fort.

La place de la femme a toujours été socialement inférieure. Au commencement fut le Père -Dieu, le Roi- et les pères –seigneurs, géniteurs, maris- adoptant une même brutalité (coups, droit de cuissage). C’est la société patriarcale.

Le viol est interdit dans le dernier (!) des 10 commandements : « Tu n'auras pas de visée sur la maison de ton prochain, sa femme, son serviteur, sa servante, son âne…. ».  La maison d’abord, puis la femme et l’âne !
Le viol des femmes de modestes conditions par les seigneurs ou par les soldats en temps de guerre était toléré.
Le viol en temps de guerre est un moyen d'humilier le vaincu ou de provoquer un adversaire lorsque le conflit est latent. On peut citer l'enlèvement des Sabines ou la guerre de Troie pour venger Ménélas.

Augustin note que le viol est une pratique habituelle lors des pillages de villes, au même titre que le massacre des hommes. Gengis Khan pour sa part disait qu'« il n'avait pas connu de plus grand plaisir que celui de violer les femmes et les filles de ses ennemis vaincus » Lors de la Seconde Guerre mondiale, Russes, Américains, Allemands et Japonais se livrèrent au viol. Pendant la chute du IIIe Reich en 1945, le nombre de femmes allemandes violées par l'armée russe a été estimé à 2 millions.
En Bosnie-Herzégovine, près de 20 000 femmes ont été violées par les Serbes au cours des cinq mois de conflit en 1992 ; dans certains villages du Kosovo, 50 % des femmes en âge d’avoir des enfants ont été violées par des hommes des milices serbes; au Rwanda, entre 250 000 et 500 000 femmes, soit environ 20 % des femmes ont été violées durant le génocide de 1994. Et ce n'est pas pendant l'Antiquité.

"Physiquement, moralement, ces victimes de crimes sexuels ne retrouveront la sérénité qu’avec une force intérieure immense. Dans leurs yeux, les visages de leurs bourreaux resteront ancrés jusqu’à leur mort, et pour nombre d’entre elles la seule solution pour survivre est de rechercher la justice." (Souhayr Belhassen)

Alors, quoi?
La femme Stabat mater dolorosa, mais parfois furiosa, se dresse face à l'homme cruel. "Je rêve d'un texte qui règle son compte à l'homme de guerre, cet éternel masculin. Parole d'une femme, libérée autant qu'il se peut du dolorisme que lui assignent des conventions millénaires, parole dressée en invective brutale et sans rémission face à la merde du meurtre perpétuel" (Jean-Pierre Siméon)
Antigone refuse la loi des hommes - interdire Polynice de sépulture pour cause de lâcheté au combat - pour enterrer dignement son frère selon la loi des Dieux et éviter à son âme d'errer éternellement. Antigone est murée vivante par Créon, roi de Thèbes.

Des femmes ont fait la guerre aux hommes : les Amazones guerrières.
La légende rapporte que les Amazones ne gardent auprès d’elles que des hommes mutilés, estropiés, prétendant que cela augmenterait leur capacité sexuelle, supputant que l’infirmité empêcherait les hommes d'être violents et d’abuser du pouvoir. Il paraîtrait à ce propos que la reine Antianeira ait répondu à une délégation d’hommes scythes qui s’étaient proposés comme amants exempts de défauts physiques que « l’estropié est le meilleur amant ». Alors, là, c'est la réponse qui tue. A quoi bon rouler des mécaniques, la gonflette !

Avec le féminisme des années 70, le cinéma et les bandes dessinées nous ont montré des femmes dotées de super pouvoirs : Barbarella avec Jane Fonda, Wonder Woman, … Mais en fait, en tenue sexy, plus aguichante qu'effrayante.

Si on n'a jamais vu deux armées de femmes s'affronter, des femmes se sont battues, mais plutôt pour dénoncer la bétise de la violence : Germaine Tillon a été déportée à Ravensbruck pour participation à la résistance contre les Allemands en 1943. Dans ce camp de la mort, elle écrit et joue une opérette avec ses compagnes de captivité. Quel pied de nez aux assassins! Elle a dénoncé le Goulag soviétique en 1949 ce qui a déplu aux communistes, puis la torture par l’armée française en Algérie ce qui lui a valu d’être accusée de collaborer avec l’ennemi FLN. La femme humaniste, altruiste, au-delà des clans, des partis, des nations.

Schiffa, palestinienne, a voulu se faire exploser dans un attentat avant d'être arrêtée par les soldats israéliens. En prison, elle apprend à mieux connaître son ennemi et surtout à négocier avec lui. «Nous organisions des grèves pour améliorer nos conditions de détention et nous discutions avec la direction de la prison. Basée uniquement sur le dialogue, notre action a porté ses fruits. J’ai tiré une grande leçon de cette expérience : la violence ne paie pas.»

"le cahier" de Hana Makhmalbaf raconte l'ardeur naïve avec laquelle une fillette afghane aux joues rouges tente de
se procurer un cahier pour aller à l'école comme un garçon. En chemin, des garçons de son âge l'attaquent. Ils jouent à la guerre, ils imitent les adultes, ils s'imaginent talibans. Parodie d'arrestation, de jugement, condamnation à la lapidation... l'ordinaire de la condition des femmes en Afghanistan. Ce film met à nu les ravages causés par un conflit qui n'en finit pas... tourné dans le site de Bamiyan, là où les talibans firent sauter les vénérables Bouddhas. (Philippe Trétiack)

Il n'y a pas que les filles. "Si les ados homosexuels, ou ceux s’interrogeant sur leur orientation sexuelle, sont en souffrance, c’est que l’homophobie ambiante, le rejet, l’insulte, la ségrégation, la normopathie, l’adhésion aux stéréotypes battent leur plein à cette période où les adolescents sont en pleine construction identitaire. Un garçon complexé ou efféminé, une fille trop virile, vont subir de plein fouet des discriminations, même s’ils n’ont aucune attirance pour ceux de leur sexe.
Tant que l’Education nationale n’aura pas pris la mesure de l’ampleur du phénomène et permis aux associations compétentes de faire un travail de fond, non pas tant sur la question homosexuelle à proprement parler, que sur la violence que subissent tous les ados, hétéros ou homos, qui dévient par rapport aux stéréotypes de genre, les choses n’avanceront pas beaucoup. Les garçons qui rejettent certains critères de la virilité, les filles trop délurées, ou simplement ceux qui sont trop gros, trop pas habillés comme il faut, trop pas pareils comprendront.
C’est l’adhésion du groupe à la norme, la «normopathie» qui tue les adolescents homosexuels, pas leur orientation ou leurs particularités psychiques.
Tous les ados passent à certains moments de leur trajectoire du rôle de bouc émissaire à celui de bourreau, d’une place de rebelle à celle de gardien de la normalité ; tous subissent la violence de la norme et les contraintes du conformisme. C’est en les réunissant autour d’une lutte commune contre les discriminations liées à toute différence physique, raciale ou sexuelle que l’on pourra le mieux les mobiliser." (Serge Hefez)

L’impensé « blanc, mâle et hétéro » de l’inconscient. (Eli Zaretsky)

La piste du jour : soyons les amants de qui nous plait même s'il faut s'estropier pour éveiller le désir. Ou plus simplement, soyons femme.

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Lundi 21 avril 2008
(violence suite)
On ne peut parler de violence sans évoquer la torture.

On appelle torture l'activité consistant à produire une souffrance intense ou longue, psychologique ou physique, en évitant ou du moins en retardant la mort.
Le tortionnaire tient sa victime à sa merci, elle ne peut pas s'échapper. Les objectifs et les motivations du tortionnaire peuvent être divers :
    * révélation d'informations secrètes, obtention d'aveux ;
    * châtiment de fautes réelles ou imaginaires ;
    * terroriser des populations ou des organisations politiques, en ciblant des membres d'un groupe de personnes particulier, afin que les autres restent passifs de peur d'être victimes à leur tour ;
    * plaisir sadique ;
    * préparation psychologique, visant à convaincre la victime qu'elle est faible en vue d'obtenir sa complète soumission ;
    * suivisme ordinaire du tortionnaire qui ne fait (selon lui) que suivre les ordres ou les procédures ;

La torture est interdite par la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Convention de Genève).
L'Administration Bush a essayé de dispenser la CIA de cette interdiction dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
 Voici une question classique d'éthique : La police a capturé un terroriste qui a placé une bombe dans un lieu public. La police peut-elle utiliser la torture pour connaitre l'emplacement de la bombe et sauver ainsi des vies humaines ? La série TV américaine, donc mondiale, "24 heures Chrono", donne, sans discussion possible  puisque le temps est compté, la réponse : oui. Mais comment croire à l'urgence de la décision et à l'obligation du oui, connaissant les mensonges de l'Administration sur la réalité des armes de destruction massive en Irak ? La torture est la négation de la démocratie. Le terrorisme aussi.

Teza est prisonnier politique dans une geôle de Birmanie. Il est sérieusement passé à tabac. "la colère submerge son corps et son esprit. Chaque respiration est de la rage pure. Teza veut tuer le tortionnaire, ou le directeur, ou un des généraux. Ou tous les généraux. Il les tuerait sur-le-champ s'il avait un pistolet ou qu'ils étaient dans sa cellule avec lui. Sa bouche se remplit des pires injures qu'il connaît...Il entend à nouveau les paroles du gardien, les cris, il sent le coup sur son crâne, la torsion soudaine de sa mâchoire. Lorsqu'il se met à méditer, il doit tourner et retourner ces sensations jusqu'à ce qu'elles commencent à changer.
La respiration lui enseigne à faire cela...
Il se prosterne trois fois devant un autel invisible et scande une prière à voix basse. Puis il s'assied en tailleur, les paumes vers le haut, la droite sur la gauche. Il inspire par le ventre, suit le souffle qui passe par le nez pour entrer dans son corps...La respiration démarre au milieu de son ventre, monte, monte le long de ses vertèbres jusqu'à sa nuque, puis descend, descend encore pour ressortir par les doigts de son pied droit. Il recommence, et suit sa respiration qui sort par sa jambe gauche... ce sont de longues et bonnes méditations, lorsqu'il trouve son propre squelette et peut discerner séparément ses os et ses muscles tandis que les inspirations et expirations se coulent dedans. Sa respiration peut le rafraîchir à la saison chaude et le réchauffer pendant les pluies froides...En suivant sa respiration, il se retrouve. Malgré sa colère, il sait qu'il ne tuerait aucun des hommes qui lui ont fait du mal. Comment le pourrait-il alors qu'il y a déjà tant de mal, tant de personnes assassinées et torturées?
Avec l'inspiration, il sent la douleur à l'endroit du coup de poing. Avec l'expiration il sent la douleur. Mais chaque inspiration et chaque expiration en changent la nature. Sa conscience se déplace de la douleur dans la mâchoire à sa rage contre le gardien. Toutefois, dès qu'il examine sa rage, elle s'étire en autre chose, dirigée moins vers le gardien que contre les généraux au pouvoir... Lorsqu'il rejette une longue expiration, il sent une douleur aiguë. De la tristesse pour le gardien? Ce serait ça ?...La seule façon d'arrêter une guerre est de cesser de haïr son ennemi.
... "La vie est souffrance. En voyant, en acceptant et en comprenant la vérité de la souffrance, l'oeil apparut, la connaissance apparut, et la lumière apparut."
Je ne baisse pas les bras. Je mets fin à la guerre... Je ne peux plus les haïr. Je ne les hais plus... ceux qui m'ont enfermé ici. Les généraux, les agents de sécurité, le directeur. Tous. Même le gardien. Je ne dois pas le haïr pour ce qu'il m'a fait. J'ai mis fin à la guerre. Ma guerre. Elle est finie." (Karen Conelly)

"La souffrance existe/ le sens de la souffrance n'est autre que le désir/la souffrance disparaît quand on se détache du désir/ tout est impermanent/ travaillez à votre propre salut" (Bouddha)

"J'ai envie de tuer ceux qui encensent la douleur, qui y voient une beauté sombre et élégante ! Ils croient qu'elle  entraîne  un sentiment d'existence brûlant, enrichissant, qui justifie le léger inconfort qui l'accompagne... Ils ne connaissent pas la laideur de la douleur dans le monde. La douleur est la déesse de la laideur." (Alona Kimhi)

La résistance à la torture est certainement l'exercice de concentration et de méditation le plus absolu pour ne pas devenir fou de douleur. Chercher et partager la beauté, mépriser la laideur des bourreaux.

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Dimanche 20 avril 2008
(violence-suite)

Henri IV de France
Contemporain d'un siècle ravagé par les guerres de religion, il y fut d'abord lourdement impliqué en tant que prince de sang et chef protestant avant d'accéder au trône de France. Pour être accepté comme roi, il se convertit au catholicisme, et signa l'Edit de Nantes, énième traité de paix qui autorisait tout en la limitant la liberté de culte pour les protestants mais mit fin aux guerres de religion. Il fut assassiné le 14 mai 1610 par un fanatique, François Ravaillac, rue de la Ferronnerie à Paris.











Guerre civile américaine
Abraham Lincoln mène la guerre de l'Union, contre les états confédérés esclavagistes, pour l'abolition de l'esclavage. Il est assassiné en 1865 par un extrémiste pro-confédéré.


Guerre 1914-18
Jean Jaurès qui a depuis longtemps une dimension internationale va, les dix dernières années de sa vie, lutter contre la guerre. Il est obsédé par les menaces contre la paix, surtout pendant les guerres balkaniques en 1912-13.
Jean Jaurès se trouve au Café du Croissant. Il y a trois détonations: deux balles lui perforent le crâne et une balle l'atteint à la poitrine. L'assassin est Raoul Villain, un rémois de 29 ans, étudiant en archéologie, et surtout adhérent de la Ligue des jeunes amis de l'Alsace-Lorraine, groupement d'étudiants nationalistes.















La confusion et les doutes qui entourèrent l'assassinat de John Kennedy et de son présumé assassin, Lee Harvey
Oswald, marquèrent l'apparition des premières failles dans le rêve américain et, finalement, dans le rêve de paix qu'il avait porté, et le début du déclin de la confiance que le citoyen américain accordait à son gouvernement.
Au cours des 5 années suivantes, l'assassinat du frère du président, Robert Kennedy, alors qu'il allait reprendre le rêve où il s'était interrompu, et du leader du mouvement des droits civiques, le pasteur Martin Luther King, allaient être de nouveaux terribles coups aux espoirs de changement politique et social tandis que les doutes grandissants à l'égard de la guerre du Viêt Nam aggravaient encore le déficit de confiance du gouvernement. Le scandale du Watergate, en 1974, allait être le point d'orgue de ce processus de rupture entre le peuple et le gouvernement américain, mais la fin des années 60 verrait un certain aboutissement de ce processus : émeutes raciales, révolte étudiante, troubles sociaux qui en définitive se propagèrent au monde entier.
Martin Luther King est abattu à 39 ans à Memphis pour avoir voulu plaider pour une Amérique sans race. " I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at a table of brotherhood."

John Lennon, né le 9 octobre 1940 à Liverpool et mort assassiné le 8 décembre 1980 à New York, était un auteur, compositeur, guitariste, pianiste et chanteur, fondateur des Beatles, groupe phare des années 1960 et de la culture pop/rock qu'il quitta en septembre 1969. Après la fin du groupe, il se consacra à diverses actions pour la paix avec sa compagne Yoko Ono et l'enregistrement de plusieurs albums solo, dont le célèbre Imagine.
"Imagine there's no countries,
It isnt hard to do,
Nothing to kill or die for,
No religion too,
Imagine all the people
living life in peace..."
Sous les yeux de Yoko, Mark David Chapman, un homme profondément religieux, mais complètement déséquilibré, l'abat de cinq balles de revolver.
Les raisons de ce meurtre demeurent floues. Certains y voient le sentiment de trahison qu'aurait éprouvé Chapman, accusant son idole de ne pas avoir tenu ses promesses de paix et d'égalité des richesses qu'il communiquait dans ses chansons. D'autres sont plus enclins à penser à un complot du gouvernement américain, car John Lennon militait pour la paix, et critiquait ouvertement le combat armé entre les Etats-Unis et le Viêt Nam.
Vingt-sept ans après sa mort, il incarne l'engagement profond et marquant du mouvement pacifiste Peace and Love des années 1970, et un rassemblement à sa mémoire continue d'avoir lieu à New York chaque 8 décembre.


I

Guerre israélo-palestinienne
Anouar el Sadate, après avoir lancé la guerre du Kippour en 1973, devint le premier dirigeant arabe en visite officielle en Israël et signa un accord de paix permanent entre Egypte et Israël (accords de Camp David septembre 1978). Il fut assassiné par un membre du Jihad islamique égyptien en septembre 1981.
Après son emprisonnement en 1946 pendant 18 mois, Sadate découvre la loi de l'existence, l'amour :
« L'amour a triomphé en fin de compte. Car, en fait, je ne puis parvenir à haïr qui que ce soit; ma nature est vouée à l'amour. C'est ce qui m'est apparu clairement, à travers mille souffrances et mille peines, dans la cellule n°54. La souffrance cristallise la force intérieure d'une âme ; c'est par elle que l'homme de caractère peut parvenir au fond de lui même et sonder les p
rofondeurs de sa conscience. C'est par la souffrance que j'ai découvert que je suis par nature enclin à faire le bien, et que l'amour est la véritable motivation qui se trouve derrière tout mes actes. Sans amour, je ne pourrai rien faire. L'amour m'a apporté la foi, la pleine confiance en moi et dans tout ce qui m'entoure. Mon amour de l'univers découle de mon amour de Dieu. Comme le Créateur est mon ami, je ne puis avoir peur des hommes, puisque c'est lui qui règne sur leur existence et sur l'univers tout entier. »

Yitzhak Rabin, Premier Ministre israélien en 1992, signe les Accords d'Oslo en 1993, créant ainsi l'Autorité Palestinienne et cédant pour la première fois un contrôle partiel de certaines zones de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie aux Palestiniens. Sous son mandat, Yasser Arafat renonce officiellement au recours à la violence et reconnaît Israël dans une lettre officielle.
Le prix Nobel de la paix est décerné en 1994 aux dirigeants politiques qui ont permis les Accords d'Oslo : Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat. Âgé de 73 ans, Yitzhak Rabin est assassiné de trois balles le 4 novembre 1995 juste après avoir prononcé un discours lors d'une manifestation pour la paix sur la place des rois de Tel Aviv. Son assassin est Ygal Amir, un Juif israélien étudiant en droit et opposé aux Accords d'Oslo.

Décidémment, les fanatiques religieux et nationalistes, les mafieux n'aiment pas les rèves de fraternité, les accords de paix, ni les accords de guitare pacifiques, ni ceux du blues des noirs. Mais l'assassinat est un aveu de leur faiblesse et de leur folie. Même s'ils semblent l'emporter encore aujourd'hui- les guerres de religion ne sont pas éteintes, les guerres de territoire continuent à travers le monde, le conflit israélo-palestinien perdure-, le message de paix, et principalement celui de l'Europe, commence à passer partout.

"le problème de la guerre; pour peu que la société soit pensée comme illimitée, la guerre commence à être pensée comme une limite à la société, donc intolérable. Solution européenne : empêcher la guerre. Le type idéal du traité de paix perpétuelle consiste à étendre la prise du limité sur la société mondiale : organiser le monde comme une société unique... à la modernité superficielle des moyens économiques et militaires, substituer la modernité authentique des valeurs et de la paix expansionnistes." (Jean-Claude Milner)

La devise communautaire est "In varietate concordia", «unité dans la diversité».
Les Pays-Bas et la Belgique ont tenu bon : pas question d’ouvrir la route de l’adhésion à l’Union européenne à la Serbie tant que le général Mladic, l’ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, ne sera pas dans l’avion pour La Haye afin d’y être jugé par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPI). « Choisir l’Europe, cela implique d’accepter les valeurs européennes.» (Maxime Verhagen)

La piste contre la violence passe par le courage de s'élever contre elle, de signer des traités de paix justes, et peut-être par cette idée, qui dépasse la notion de nation, celle d'une société mondiale, dont l'Europe donne l'exemple à l'échelle d'un continent.

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Samedi 19 avril 2008
(la violence-suite)

1. La violence est une manière pervertie d’interagir
La violence marque une crise de relation. L’interaction, au sens d’un rapport de réciprocité, d’un va-et-vient entre deux protagonistes, est anéantie. La violence ne cherche plus qu’à agir sur l’autre dans le but de l’amener à un certain comportement ou de lui imposer un état de fait.

2. La violence n’est pas que physique
Il existe ainsi d’autres formes de violence que simplement les coups, les blessures et d’autres atteintes corporelles. On distingue également les violences psychologiques ou morales (humiliation, abandon, menaces), les violences verbales (injures, calomnies), les violences économiques (privation de ressources), les violences politiques (privations de droits), etc. Quelle qu’en soit la forme, la violence est toujours un viol de la personne, une atteinte à la dignité de la personne, une atteinte à sa vie.

 3. La violence plonge ses racines dans la nature animale de l’être humain

La violence peut-être comprise comme un dérivé lointain de l’instinct de combativité présent chez la plupart des mammifères. Mais ce qui fait la particularité de l’être humain est cette capacité à faire la part des choses entre la violence destructrice de l’autre et une saine combativité et affirmation de soi, permettant d’affronter les obstacles de la vie sans se dérober.

 4. La violence n’est pas toujours spontanée
Cette perversion des interactions qu’est la violence peut survenir de deux manières essentiellement : comme phénomène incontrôlé, se développant spontanément, ou comme acte calculé, prémédité et rationnel. La violence peut aussi résulter d’un choix stratégique prémédité et bien calculé. C’est le cas par exemple du terrorisme, qu’il soit rebelle ou d’Etat (intimidations, censure, torture), des génocides, de l’apartheid ou de l’esclavage.

 5. La violence génère la violence

Parce qu’elle est atteinte à l’intégrité d’une personne, la violence ne suscitera par toujours le silence, l’assentiment ou la fuite escomptés. Le plus souvent elle provoque au contraire chez l’autre cette agressivité instinctive et cette combativité naturelle. Ainsi la violence génère souvent plus de violence, qui risque de générer encore plus de violence…

6. Derrière la violence se cachent des problèmes plus profonds.
Parce que la violence est souvent une réaction à une agression, une injustice ou à une frustration, elle est en soi plutôt un symptôme qu’une maladie. La réaction n’est en effet pas toujours adressée de manière directe à la source de l’offense ressentie. Il est en effet toujours plus difficile de s’attaquer à un problème de face, calmement et raisonnablement, que d’y aller avec force et violence. Mais il arrive aussi que l’approche calme et raisonnable ne soit tout simplement pas possible.

 7. La violence est une drogue
Peut-être à cause de ses liens avec les instincts bestiaux qui sont en chaque individu, peut-être à cause de la sensation de domination qu’elle procure, la violence provoque souvent une effet grisant, enivrant, sur les acteurs, comme de l’alcool. On parle parfois de « soif de sang ».

 8. La violence demande une intervention extérieure
Deux personnes ou deux groupes de personnes engagées dans un échange d’actes de violences graves sont en principe incapables d’en sortir par eux-mêmes. Prise dans une logique d’attaques et de contre-attaques en pleine escalade, leur violence physique nécessite souvent une intervention extérieure. Le plus urgent dans ces cas-là est évidemment la séparation des deux protagonistes dans le but tout simplement de limiter les dégâts. Un autre type d’intervention qui s’avèrera souvent nécessaire est l’arbitrage, notamment là où un différend oppose les protagonistes, demandant à être tranché. Il faut noter que ces deux tâches sont en principe attribués à l’Etat au niveau de la police (séparation) et du tribunal (arbitrage). D’où l’importance d’avoir un système juridique fonctionnel pour diminuer les risques de violence.

 9. L’Etat a le monopole de la violence légitime

Pour remplir ses tâches d’interventions extérieures en cas de violence, l’Etat a besoin de pouvoir utiliser la force et donc la violence de manière légitime. Le maintien de l’ordre public est ce qui justifie l’exercice de la violence par l’Etat. Les décisions de police par exemple ne sont légales que si elles sont fondées sur la nécessité de maintenir ou de rétablir l’ordre public. Or il n’est pas facile de faire une distinction claire entre usage légitime et illégitime de la violence par l’Etat, car elle se fonde sur un équilibre fragile entre les contraintes sociales et les libertés individuelles. Heureusement, il existe des gardes-fous qui permettent de s’assurer que tous les moyens ne sont pas bons pour arriver à son but, fût-il celui du maintien du bien commun. Il s’agit des Droits de l’Homme.

 10. Les abus de la part de l’Etat constituent la pire forme de violence
Parce qu’il est cette instance qui justement doit prévenir la violence, l’Etat ne doit en aucun cas devenir lui-même violent de manière injustifiée et incontrôlée. Car dans ce cas-là, qui interviendra ? Puisqu'on a supprimé les dieux.

Les révolutionnaires, camarade ! La Révolution française et la violence divine.
Le député Guillotin propose le 10 octobre 1789 un projet de réforme du droit pénal dont le 1er article stipule que « les délits de même genre seront punis par les mêmes genres de peines, quels que soient le rang et l'état du coupable ». Il demanda dans la séance du 1er décembre 1789 que « la décapitation fût le seul supplice adopté et qu'on cherchât une machine qui pût être substituée à la main du bourreau ». L’utilisation d’un appareil mécanique pour l’exécution de la peine capitale lui paraît une garantie d’égalité. En effet, jusqu’alors, l'exécution de la peine capitale différait selon le forfait et le rang social du condamné : les nobles étaient décapités à l’épée, les roturiers à la hache, les régicides écartelés, les hérétiques brûlés, les voleurs roués ou pendus. La proposition de Guillotin vise également à supprimer les souffrances inutiles. L’appareil est mis au point en 1792. Guillotin espérait instaurer une exécution plus humaine et moins douloureuse. Mais, pendant la Terreur, l'appareil a largement contribué à multiplier les exécutions capitales, environ 30000. On peut même dire qu'il est le précurseur des méthodes d'exécutions à échelle industrielle du 20ème siècle.

"La Terreur ne se résume pas à Robespierre. Il y avait alors une agitation populaire, incarnée par des figures encore plus radicales, comme Babœuf ou Hébert. Il faut rappeler qu’on a coupé plus de têtes après la mort de Robespierre qu’avant - mais lui avait coupé des têtes de riches… En fait, il est resté très légaliste. La preuve, il a été arrêté. Ce qui m’intéresse chez lui, c’est ce que Walter Benjamin appelle «la violence divine», celle qui accompagne les explosions populaires. Je n’aime pas la violence physique, j’en ai peur, mais je ne suis pas prêt à renoncer à cette tradition de la violence populaire. Cela ne veut pas toujours dire violence sur les personnes. Gandhi, par exemple, ne s’est pas contenté d’organiser des manifestations, il a lancé le boycott, établi un rapport de force. Défendre les exclus, protéger l’environnement passera par de nouvelles formes de pression, de violence. Faire peur au capitalisme, non pour tuer, mais pour changer quelque chose. Car sinon, on risque d’aller vers une violence plus grande, une violence fondamentaliste, un nouvel autoritarisme." (Slavoj Žižek)

La piste contre la violence passe par une grande fermeté envers la violence, par une sorte de violence. S'en sortira-t-on ?

(à suivre)

par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Lundi 14 avril 2008
(la violence-suite)

« Il fut une époque où l'on croyait en une victoire de la morale sur les instincts, en la force de l'esprit et en sa capacité de maîtriser les pulsions meurtrières de la horde. » (Sàndor Màrai).
Cette époque, celle de la culture de la Mitteleuropa, fut achevée par le fascisme et le communisme. Le fascisme se définit d'abord comme un antimarxisme, "un mouvement qui vise à anéantir son ennemi en développant une idéologie radicalement opposée à la sienne, et en appliquant des méthodes presque identiques aux siennes... L'archipel du Goulag n'est-il pas plus originel qu'Auschwitz ? L'assassinat pour raison de classe perpétré par les bolchéviks n'est-il pas le précédent factuel et logique de l'assassinat pour raison de race perpétré ensuite par les nazis ?" (Ernst Nolte)
Communisme et nazisme ne sont évidemment pas identiques. D'un côté, le rêve universaliste d'une humanité libérée de l'esclavage de la production, de l'autre, une idéologie de la supériorité de la race et du sang. Mais à la fin leurs logiques exterminatrices sont devenues comparables, nées de la "brutalisation" des sociétés européenne dans les tranchées de 1914-18, où se forge dans chaque camp la culture de "l'ennemi absolu", le bourgeois dans la Russie révolutionnaire et, chez les nazis, le juif, porteur à la fois du bolchévisme et du "capitalisme apatride".

Le mal, personne ne l'a voulu, il est arrivé comme cela, collectivement, absurdement.

"A cette époque, 1930, l’antisémitisme était institutionnel. C’est une vieille histoire, qui va de Paris à Vienne et de Vienne à l’Allemagne, une histoire que la bourgeoisie juive a toujours refusé de prendre au sérieux. Ils ont toujours cru qu’il serait possible pour eux de s’en sortir, que l’antisémitisme n’affecterait que les juifs des autres classes. Face à cette attitude, Schönberg a écrit une œuvre qui se voulait une provocation et un moteur de division. Il voulait produire l’équivalent pour les juifs de ce que La Passion selon Saint Mathieu est pour les chrétiens. C’est en tout cas mon sentiment.
Avant d’écrire "Moïse et Aaron", Schönberg avait violemment attaqué l’antisémitisme. On le constate dans deux lettres à Kandinsky de 1923. C’était chose plutôt rare. Il n’y avait pas à cette époque de juif qui attaquait comme cela. Au contraire, les juifs pratiquaient ce qu’ils appelaient « la politique de l’autruche », se disant : « Peut-être que ce n’est pas vrai, et même si c’est vrai, cela ne nous concernera pas. Nous sommes des gens respectables, et les chrétiens de la même classe que nous avec qui nous pactisons chaque jour ne voudrons pas nous éliminer. Donc si des juifs se font exterminer, ce ne seront que de pauvres schmucks. » Et beaucoup d’artistes de cette époque pensaient : nous sommes des artistes, nous serons épargnés." (Jean-Marie Straub)

Pendant ce temps, les Français en congés payés découvraient la mer.

"La nature ne destine à vivre que les meilleurs et anéantit les faibles". (Adolf Hitler)
Hitler a dit qu’il voulait une Allemagne Judefrei, débarrassée des Juifs. Dès 1933, ceux-ci sont expulsés d’Allemagne, puis avec les conquètes militaires allemandes sur l’Europe, on ne pouvait plus les expulser (où ?). On les a alors exterminés.


"La force de la régulation sociale, et par là même de la civilisation moderne, est d'imposer des contraintes morales à l'égoïsme et à la sauvagerie innés de l'animal qui est dans l'homme. Impossibilité de déceler d'avance les indicateurs d'une disposition individuelle à se sacrifier ou d'une lâcheté devant l'adversité... Auschwitz fut une extension banale du système industriel moderne. Au lieu de manufacturer des biens de consommation, la matière première était faite d'êtres humains et le produit fini était la mort, tant d'unités par jour portées minutieusement sur les courbes de production de l'usine... le phénomène de l'holocauste était nouveau, mais en harmonie avec notre civilisation, ses principes directeurs, ses priorités, sa vision immanente du monde, sa recherche du bonheur humain et d'une société parfaite.
Civilisation judéo-chrétienne signifie esclavage, guerres, exploitation et camps d'extermination, mais aussi hygiène médicale, nobles idées religieuses, art exquis et musique merveilleuse...  Création et destruction sont deux aspects inséparable de ce que nous appelons civilisation.
Mythe d'une humanité émergeant d'une barbarie présociale... l'histoire comme le combat victorieux de la raison sur la superstition... l'Etat jardinier moderne considérant la société comme un objet à dessiner, à cultiver et à débarrasser de ses mauvaises herbes.
Le massacre de la population juive d'Europe par les nazis ne fut pas seulement la réussite technologique d'une société industrielle, mais la réussite organisationnelle d'une société bureaucratique".  L'industrie et la bureaucratie ont simplement mis leur compétence et savoir-faire au service d'Hitler qui voulait débarrasser l'Europe des Juifs "Judefrei". Tous ont participé ; les tâches étaient détaillées, précises et partagées et nul, concentré sur sa seule tâche, simple rouage d'une énorme machine, ne se sentait coupable moralement de l'immensité de la tuerie. Injonction d'obéir aux ordres des supérieurs, dévouement à l'organisation, sacrifice de ses opinions personnelles, discipline morale et abnégation, exclusive responsabilité du chef, qui lui même ne rend compte qu'à ses supérieurs. Conformisme et peur.
Seuls les chefs et le parti étaient antisémites.
Le but lui-même, c'est la vision grandiose d'une société meilleure, radicalement différente. C'est la vision d'un jardinier projetée sur un écran de dimension planétaire. Les mauvaises herbes détruisent l'harmonie du plan d'ensemble, désordre au milieu d'un ordre serein. Les mauvaises herbes doivent disparaître, non pas tant à cause de ce qu'elles sont mais de ce que devrait être le jardin bien ordonné." (Zygmunt Bauman)

"J'ai toujours été conscient que les exécuteurs, les victimes et les spectateurs étaient des êtres pensants" (Raul Hilberg)

"Rompre les rangs, adopter un comportement non conformiste étaient simplement au dessus de leurs forces : ils trouvaient plus facile de tirer" (Christopher Browning)

"Après avoir reçu mon fusil, au début je n'arrivais pas à me décider à tuer un homme : un Allemand est resté debout presque quatre minutes, il ne cessait de parler à quelqu'un, je l'ai laissé aller. Quand j'ai tué mon premier, il est tombé tout de suite. Un deuxième est sorti en courant, il s'est penché sur celui qui était mort, et je l'ai descendu, lui aussi... J'étais d'abord tout secoué, quand j'ai tué : le type allait juste chercher de l'eau! ... Ca m'a fait un effet terrible : j'avais tué un homme! Et puis je me suis souvenu des nôtres, et j'ai commencé à les abattre sans pitié." (Tchekhov, tireur d'élite russe)

Résister, ne pas suivre les autres dans leur folie, garder son autonomie ! Facile à dire. Plus difficile de s'opposer à un groupe.
Pendant les migrations, les oies volent en formation. Ce groupe aérodynamique économise ainsi à chaque oie 30% de l'énergie nécessaire au vol. D'où le pas de l'oie (mauvaise blague).

"La référence au patrimoine culturel allemand, à Beethoven, Mozart, Goethe et Keller, à cet héritage entretenu et célébré dans l'Allemagne nazie, n'était pas une enjolivure cynique, mais souvent un souci authentique, un plaisir profond, une part de leur identité. Les scientifiques qui perfectionnaient des théories eugénistes n'étaient pas de pseudo savants, mais des gens cultivés qui mirent leur compétence de niveau international au service de fins inhumaines. Des prêtres catholiques bénirent les armes de la croisade contre le bolchevisme athée.
Le juriste Best, chef de service à la Centrale de la Gestapo "Le principe politique totalitaire du national-socialisme, qui procède du principe philosophique de l'unité organique et indivisible du peuple, ne tolère dans son domaine aucune formation de volonté politique qui ne s'insère pas dans la formation de la volonté globale. Toute tentative pour imposer ou seulement préserver une conception politique autre sera perçue comme un phénomène morbide menaçant l'unité générale de l'organisme indivisible du peuple et sera extirpée sans avoir égard à la volonté subjective de ses défenseurs."
Les crimes nazis furent commis par des gens tout à fait ordinaires, issus de familles normales avec des problèmes normaux, ayant pour une part reçu une formation universitaire, pourvus de doctorats et d'une culture classique. Les tueurs ne présentaient  pas de personnalité autoritaire à comportement psychopathologique. Les exécuteurs n'étaient pas tous coulés au même moule. Ceux qui perpétraient l'oeuvre de destruction différaient les uns des autres par leurs antécédents et leur personnalité. Certains faisaient du zèle, les autres commettaient des excès, d'autres encore exécutaient leur tâche avec réticences et inquiétudes.
Dans le cadre des agissements humains, tout est possible. Il en faut souvent peu pour transformer des hommes en meurtriers. Chaque individu a donc le devoir de se rendre à lui même des comptes sur la portée de chacune de ses décisions. Au risque, sinon, de rejoindre l'engeance des meurtriers.
Ce n'est pas par nature humaine ou par héritage archaïque que se manifeste un instinct meurtrier. Les êtres humains n'existent qu'au pluriel, et ils existent dans des espaces sociaux qu'ils ont eux-mêmes créés. Ces espaces sont historiquement et culturellement déterminés.
La variabilité des idées morales apparaît dans ces circonstances où le fait de tuer est considéré comme un devoir moral. La morale nazie hausse la destruction d'êtres humains au rang d'une obligation morale.
Les idées sur l'absolue inégalité entre les hommes, les principes de domination et de soumission, la prédominance accordée à des questions d'honneur, de sang, de communauté, de race sont antérieurs au national-socialisme. Il les radicalise et il les complète d'un racisme scientifiquement argumenté, ainsi que du rêve que le monde peut être réorganisé au profit du IIIème Reich millénaire.
Eux et Nous. Lutte à mort entre Eux: les Juifs, les bolcheviques, les handicapés, les partisans, les homosexuels et Nous: la race des seigneurs.
Effacées l'éthique universelle à fondement philosophique refusant par principe de tuer, une morale d'inspiration chrétienne interdisant de tuer et une compassion envers les victimes.
On commence à tuer et on s'aperçoit qu'on peut faire une chose pareille sans que le monde s'écroule, sans que le ciel tombe ou que la terre s'ouvre.
Tout est possible et toujours possible.
Ne pas se reposer sur l'idée que le nazisme fut un accident ponctuel dans l'histoire de la civilisation. Vietnam, Cambodge, Yougoslavie, Ruanda, Libéria, ...
Il n'existe pas de frontière, qu'elle soit naturelle ou tracée par l'homme, qui limite les actions humaines.
Manifestement, les deux ou trois siècles d'éducation rationaliste du genre humain en Occident ont assez peu développé cette qualité psychique qui devait remplacer l'intégration docile à des groupes : l'autonomie. L'autonomie semble être la seule chose qui puisse s'opposer à la tentation susceptible  de saisir chacun de devenir l'élément irresponsable d'un processus meurtrier. La capacité d'être autonome présuppose l'expérience du lien affectif et du bonheur. Nous ne disposons pas jusqu'ici d'un concept d'organisation sociale qui fasse goûter aux êtres humains ce bonheur concret qui les protégerait du risque de devenir les instruments du malheur des autres." (Harald Welzer)

"penser est quelque chose qu'il faut accomplir par soi même" (Lindsay Waters)

On retrouve la piste de l'autonomie et de l'autoresponsabilité de chacun, avec en plus, mais de manière vague, le goût du bonheur.

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Lundi 7 avril 2008
(la violence-suite)

"L'antique méthode de discrimination de l'aristocratie allemande, la preuve de noblesse que la législation nazie a en
quelque sorte réanimée, a existé aussi en France, mais elle n'y jouait plus guère le rôle d'une barrière entre les couches sociales... L'agressivité des nations les plus belliqueuses du monde civilisé semble modérée ; elle a été conditionnée comme toutes les autres manifestations pulsionnelles par la dépendance plus marquée de l'individu envers ses semblables ; elle a été émoussée par une infinité de règles et d'interdictions qui se sont transformées en autant d'autocontraintes. Ainsi, elle a été "affinée" et "civilisée" comme toutes les autres pulsions sources de plaisir... évolution historique... Au Moyen Age, la décharge émotionnelle des combats apparaît directe et peu réglementée. De nos jours, la cruauté, le plaisir que procure l'anéantissement et la souffrance d'autrui, le sentiment de satisfaction que nous procure notre supériorité physique, sont soumis à un contrôle social sévère et ancré dans l'organisation étatique... ce n'est qu'aux époques de bouleversements sociaux ou dans les territoire coloniaux que le contrôle social se relâche et qu'elles éclatent brutalement, en faisant litière des sentiments de honte et de malaise.

A l'exception d'une petite élite, la société  guerrière de la France du 13e siècle se livrait à la rapine, au pillage et au meurtre ; les débordements de cruauté n'entraînaient aucun ostracisme social. On prenait plaisir à torturer et à tuer, et ce plaisir passait pour légitime. Pour cette société, la guerre était l'état normal.
La vie de l'homme médiéval est incertaine, peu soucieuse de l'avenir. Il exprime ses émotions comme les enfants.
Aujourd'hui, nous réprimons nos pulsions affectives en homme civilisé, éduqué, courtois, cultivé" (Norbert Elias)

Il n’y a pas que l’homme médiéval, mais aussi des jeunes gens bien nés qui souhaitent la guerre :

"C'était si navrant que l'âge des guerres entre nations civilisées fût à jamais périmé ! Si seulement nous avions vécu cent ans plus tôt, quel bon temps nous aurions eu ! Imaginez un peu : avoir dix-neuf ans en 1793, avec plus de vingt de guerre contre Napoléon devant soi ! Mais tout cela était fini. L'armée britannique n'avait jamais tiré sur des troupes blanches depuis la Crimée, et maintenant que le monde devenait si raisonnable et si pacifique - et si démocratique aussi - les grands jours étaient passés. Par bonheur, toutefois, il y avait encore des sauvages et des populations barbares. Il y avait les Zoulous et les Afghans, ainsi que les derviches du Soudan. Certains d'entre eux, pourvus qu'ils fussent bien disposés, pourraient bien s'agiter un jour". (Winston Churchill en 1893)

Willy Peter Reese est mort à vingt-trois ans. Il était soldat dans la Wehrmacht en 1942 quand il écrivit ces vers:
"A coups de sabre et de fusil et de canon,
Nous avons le droit de faire des choses immondes,
De piétiner la liberté, l'humanité,
Car nous sommes, n'est-ce pas, les seigneurs de ce monde.
Le Reich nous appartient, demain la terre entière,
C'est un clown qui gouverne, et un troupeau de boeufs
Parqué par la propagande nous acclame en beuglant."

Willy Peter Reese's combat memoir "A Stranger to Myself".
The "cosmic necessity" of war. Whether at home on leave or in a field hospital recovering from wounds, Reese is fascinated by his desire to return to the front. To him, only the death struggle seems real; everything else is superficial: "There was neither comradeship, willing sacrifice, fighting spirit, heroism, nor fulfillment of duty."
Neither a Nazi nor overtly racist, Reese nevertheless reveals the Wehrmacht soldier's arrogance toward the peoples of the East. Reese drank to excess, engaged in barbarous behavior, did anything and everything to stay warm and fed, and joined the amusement of tormenting Russian women and poking at the rotting corpses of hanging partisans. He became, as the title of the book suggests, a stranger to himself.
Reese does not speak about the Wehrmacht's participation in the Ho
locaust or in the mass shooting of civilians,
though his repeated and frenzied ruminations on the nature of death leave one to imagine the worst. His focus is really the battlefield, the place where all rules, all civilization, all norms of human behavior are left behind: "This wasn't fighting anymore; it was butchery." His respites from despair seem all the more bizarre for their sheer incongruity. He walks in the fields with a comrade and talks about Baudelaire. He takes a drunken sleigh ride in the winter of 1944 and feels alive again. But what this book is really about is the death and destruction wrought on the Eastern Front in what has to be considered the epic struggle of the 20th century.
Cette guerre sur le front est qui a servi de calvacade enflammée dans les steppes de Russie et d'Ukraine à ce jeune homme épris de Baudelaire a couté la vie à 25 millions de personnes. Il n'y avait plus de règles, de limites à la sauvagerie totale.

Ernst Jünger capitaine de la Wehrmacht "s'est trouvé dans deux grandes guerres à des postes dangereux -

la première fois dans les tourbillons de la bataille de matériel ; la seconde, dans les sombres périls du monde démoniaque." «Bien qu’à l’extérieur la violence et qu’à l’intérieur la barbarie se rassemblent en sombres nuages, tant que, dans l’ombre, les épées lanceront des éclairs, l’Allemagne vivra, l’Allemagne ne sombrera pas.» (Ernst Junger entre en 2008 à la « Bibliothèque de la Pléiade ».)

Des intellectuels, des artistes rèvent aussi de batailles.

"Depuis hier, nous sommes différents. La bataille des mots et des programmes prend fin...Ce qui nous manquait, c'était le fond, et ça, mes amis, l'époque nous le donne... la guerre nous a unis. Tous les partis vont dans le même sens. Que l'art suive !" (Julius Meier-Graefe, historien d'art, trois semaines après le début de la guerre en 1914)

"Ah, dessiner, en pleine détresse de la guerre. S'enterrer dans le paysage lunaire, criblé de trous, d'une physionomie d'homme. Bientôt on aperçoit le fond d'une âme, et on s'épouvante devant tant de mal, tant de vice et tant de violence. Et pourtant la plume se réjouit, car le mal est pittoresque et assouvit en toi un besoin inconnu et démoniaque... Cette pensée m'obsède : pourquoi la laideur et le mal sont-ils aussi attirants ? Ils fascinent toujours, même ceux qui ont la foi, même ceux qui aspirent au Bien." (Ludwig Meidner)

"Avant la déclaration de guerre, l'élite culturelle de l'Allemagne wilhelmienne croyait à l'avènement d'un homme nouveau, plus libre et meilleur, incarnation de la technique et de la civilisation, qui serait capable de traverser les épreuves de la guerre telle une force purificatrice et d'en ressortir en homme nouveau, idéal.
Considérant la guerre comme le signe longtemps attendu  d'un adieu à une époque de pruderie et d'étroitesse d'esprit, George Grosz, peintre se porte volontaire en 1914." (Annette Vogel)

"c'est pour ça qu'il fallait que je parte à la guerre... Il le fallait. Il fallait que je voie de mes propres yeux tomber un homme à coté de moi, puis disparaître, touché par une balle, en plein coeur. Il fallait que j'en fasse l'expérience. Si je le voulais tant, c'est que je ne suis pas pacifiste du tout, n'est-ce pas ? Peut-être que j'étais tout simplement curieux... Vous savez, je suis tellement réaliste, qu'il faut que je voie les choses pour pouvoir en témoigner... Il fallait que je voie tous les abîmes de la vie; c'est pour ça que j'ai fait la guerre, que je me suis porté volontaire." (Otto Dix)

L'attente des barbares, mais aussi attente aussi d'une libération, d'une révélation.
«Le grand objet de la vie est la sensation. Sentir que nous existons fut-ce dans la douleur. C’est ce "vide" implorant qui nous pousse au jeu, à la guerre, au voyage, à des actions quelconques, mais fortement senties, et dont le charme principal est l’agitation qui en est inséparable.» (Lord Byron)

"La paix à profusion, mais l'angoisse nous ronge / Nous ignorons la loi, le droit et le devoir / Et à coeur et à cri nous appelons la guerre" (Alfred Walter Heymel)

"Car l'important, c'est le don du sacrifice ... participant d'une grande cause sacrée... l'instrument choisi par Dieu pour construire par le sang l'avenir du grand peuple allemand ... le grand printemps après la Grande Guerre" (un jeune instituteur)

«A la guerre, tu bandes et tu tues. Ou tu tues et tu bandes. It’s a fact. Tout le reste, c’est de la merde !» (Samuel Fuller)

Et finalement si la guerre était enfin le défouloir de toutes ces envies quotidiennement refoulées, écrabouiller ce connard qui n'avance pas avec sa bagnole, culbuter cette fille qui ne m'a même pas regardé, piller cette belle maison que je pourrai jamais acheter? Tout casser comme dans une scène de ménage. Soudain tout est permis ou plutôt, il n'y a plus de permission à demander. S'affranchir des Dix Commandements de Dieu. Se retrouver libre, entièrement libre. Dieu et les autres n'existent pas.

"... la barbarie absolue s'est refermée sur lui, toute cette vie mystérieuse et sauvage qui frémit dans les forêts, les jungles, dans les coeurs des hommes primitifs ... Nous ne pouvions pas comprendre, parce que nous étions d'un autre âge et n'avions pas de mémoire, parce que nous voyagions dans la nuit des premiers temps, de ces temps révolus qui n'ont laissé presque aucune trace, et aucun souvenir." Les colonisateurs "C'étaient des conquérants ; et, pour être un conquérant, il suffit de posséder la force brutale, rien que l'on puisse s'enorgueillir de posséder puisque la force n'est qu'un accident résultant de la faiblesse de l'autre. Ils s'emparaient de tout ce qui leur tombait sous la main. Ce n'était que du vol avec violence, au pire des meurtres à grande échelle, et des hommes les accomplissant en aveugles, ce qui est bien normal pour ceux qui s'affrontent aux ténèbres ... J'ai vu le démon de la violence, celui de la cupidité, et celui du désir brûlant ;" (Joseph Conrad).
Ce livre, « Au cœur des ténèbres », a servi de scénario au film de Coppola, Apocalypse now, guerre d’Américains au Vietnam en 1975, c’est dire que les temps primitifs ne sont pas si lointains.

Les monuments aux morts érigés dans toutes les communes de France dans les années 1920 l'ont été en témoignage de la participation de la Nation à l'immense douleur des familles qui avaient perdu l'un des siens dans le charnier de la guerre 1914-18. Elle devait être la "der des der".




S'échapper de son morne quotidien, s'enivrer de combats, de violences, devenir un"stranger to myself", voilà l'attrait fatal de la guerre. Une drogue ! La guerre, ce n'est pas l'héroïsme des soldats, les stratégies des généraux, les élans patriotiques des peuples que nous présentent les bulletins du front, l'Histoire, les commémorations officielles, mais elle est la violence sans retenue, le dévoilement au plein jour de notre part obscure.

Alors, qu'en fait-on de notre part obscure ? La piste se perd.

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Lundi 7 avril 2008
(la violence-suite)

Les militaires, les soldats, ont pour métier de faire la guerre. Ils sont payés pour ça, la solde. C’est un métier à risque.
« Après tout, c'est leur métier. Ils l'ont choisi ». (brêve de bistrot)
"C'est vrai, sauf que si des militaires français sont en Afghanistan ou au Sud-Liban, c'est en notre nom – celui des citoyens français – qu'ils y sont. Et cela nous interdit l'indifférence." (Jean-Dominique Merchet). Encore faudrait-il que ces décisions soient l’objet de débats parlementaires et non le simple fait du prince.

L'Etat a des droits régaliens. Le principal droit : la violence légale pour faire respecter la loi par la police qui est armée, la souveraineté nationale par l'armée armée et les gendarmes en armes, l'imposition, on nous l'impose.

Les soldats se battent.
"... cette foule de morts qui a péri dans des batailles sans nombre, non seulement parce que c’est la fatalité inévitable de la guerre, mais parce que ceux qui meurent par le sort des armes pouvaient aussi donner la mort à leurs ennemis, et n’ont point péri sans se défendre. Là où le danger et l’avantage sont égaux, l’étonnement cesse, et la pitié même s’affaiblit; (Voltaire)

"Devant nous gisaient, à perte de vue, des Français morts ou blessés. Les allemands morts gisaient là eux aussi... Les cadavres pour la plupart étaient horribles à voir, certains étaient face contre terre, d'autres allongés sur le dos. Du sang, des mains crispées, des yeux vitreux, des visages convulsés." (Dominik Richart, paysan alsacien)


Tolstoi a décrit, dans Guerre et Paix, l’engrenage absurde mais inexorable qui conduit à la guerre. Ne pourrions nous pas tirer profit de ces expériences pour ne pas recommencer ?
"A partir de fin 1811 commencèrent l'armement intensif et la concentration des forces de l'Europe occidentale, et en  1812 ces forces - des millions d'hommes- se mirent en marche en direction des frontières russes qu'elles franchirent le 12 juin. La guerre commença, c'est à dire que s'accomplit un événement contraire à la raison et à la nature humaine. Des millions d'hommes commirent les uns à l'égard des autres un nombre infini de forfaits, de duperies, de trahisons, de vols, de pillages, d'incendies et de meurtres.
Quelles furent les causes de cet événement extraordinaire? Les historiens disent avec une assurance naïve : l'offense faite au duc d'Oldenbourg, l'esprit de domination de Napoléon, la fermeté d'Alexandre, les fautes des diplomates, etc.
En conséquence, il eut suffi que Metternich, Roumiantzev ou Talleyrand, s'appliquassent à rédiger une note bien habile ou que Napoléon écrivit à Alexandre : "Monsieur mon frère, je consens à rendre le duché au duc d'Oldenbourg", et la guerre n'aurait pas eut lieu.
Nous ne comprenons pas que des millions de chrétiens aient pu s'entre-tuer et se faire souffrir parce que Napoléon était avide de puissance, Alexandre ferme, la politique de l'Angleterre retorse et le duc d'Oldenbourg offensé. Nous ne voyons pas comment l'affront fait à un duc a pu déterminer des milliers d'hommes venus de l'autre bout de l'Europe à tuer et à ruiner les habitants des provinces de Smolensk et de Moscou et à être tués par eux.
Plus nous plongeons dans la recherche de ces causes, plus nombreuses elles se découvrent à nous, et chacune d'elles prise séparément nous apparaît aussi juste en soi que fausse par son insignifiance en regard de l'immensité de l'événement. Le refus de rengager d'un caporal français nous apparaît comme une cause tout aussi valable que le refus de Napoléon de rendre le duché d'Oldenbourg : car si ce caporal, si tel soldat, puis un deuxième, un troisième, un millième avaient refusé de reprendre du service, la guerre n'aurait pas pu avoir lieu.
Il fallait que des millions d'hommes, abdiquant la raison et tout sentiment humain, marchassent  vers l'est et tuassent leurs semblables.

Les actes de Napoléon et d'Alexandre, d'un mot de qui, dépendait, semblait-il, que l'événement se produisit ou pas, étaient aussi peu libres que ceux de chacun des soldats qui faisaient campagne par tirage au sort ou par recrutement. Il fallait que des millions d'hommes, entre les mains desquels se trouvait la force effective, acceptassent d'accomplir la volonté de ces individus isolés et faibles.
Tout homme vit pour soi, exerce sa liberté pour atteindre des fins particulières et sent de tout son être qu'il peut ou non accomplir tel ou tel acte.
Il y a deux faces dans la vie de tout homme : la vie individuelle  et la vie élémentaire, grégaire, où l'homme se soumet inévitablement aux lois prescrites." (Tolstoi)

Marcher au pas, en troupe, en groupe, c’est perdre son autonomie, son libre arbitre et sa propre volonté.
"Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on
Est plus de quatre on est une bande de cons." (Georges Brassens)
"Je me pose en m'opposant", ce qui n'est pas facile :

1915. Le Tyrol. «On voulait se lier d’amitié avec la tranchée autrichienne. On s’est dit : Si on essayait d’envoyer des pierres avec des bouts de papier pour leur faire comprendre qu’on se tire dessus alors qu’on n’est pas coupables ?" […] Nous nous sommes mis d’accord pour cesser les combats. Nous avions même fait une patrouille mélangée d’Italiens de chez nous et d’Autrichiens. Et on passait le long des lignes en faisant cette propagande. Alors tout le monde arrêtait les combats et personne ne tirait plus. Quand ils se sont aperçus que le mouvement s’étendait, les officiers autrichiens et les officiers italiens se sont réunis. Nous devions tous être fusillés." (Lazare Ponticelli)

A Noël 1914, il y eut de nombreux actes de fraternisation entre les tranchées allemandes et anglaises- françaises. Les hommes s’avançaient les uns vers autres sans arme, échangeaient nourritures, boissons, adresses et se souhaitaient bonne chance. Mais la fraternisation ne durera pas. Les commandements respectifs réagissent avec vigueur. Le régiment écossais est dissous, le régiment français est envoyé à Verdun et le régiment allemand sur le front russe. i. Mais qui est l’ennemi ? Ces hommes, qu’ils soient français, allemands, n’avaient qu’une seule envie : rentrer chez eux et vivre en paix !
Plus qu’ennemis, ces combattants, d’un camp ou de l’autre,  étaient bien frères… de misère, de chair à canon.

Une forme élégante de résistance: "I would prefer not to" (Herman Melville)

Sebastien Haffner "Je portais un uniforme, un brassard avec une croix gammée. Je me mettais au garde-à-vous et j'astiquais mon fusil. Mais rien de tout cela ne comptait. On ne m'avait pas demandé mon avis. Ce n'est pas moi qui faisait cela. C'était un jeu et je jouais un rôle."

Si la guerre semble si absurde et cruelle, pourquoi existe-t-elle ?

Piste. Garder son autonomie, sa liberté de penser.

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Samedi 5 avril 2008
On peut noter que la recherche sur la violence est dans l'air du temps. Voir le site "Massviolence.org".

(la violence-suite)

"Le théâtre naît en Grèce à une époque où le droit et la politique tendent à devenir autonomes . Le théâtre est contemporain et témoin de ce changement. Par exemple la trilogie d’Eschyle nous montre une justice archaïque, fondée sur la vengeance reproduisant la violence et le meurtre de génération en génération :
Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie (pour que se lève le vent qui poussera la flotte des Grecs sous les murs de
Troie); son épouse Clytemnestre la venge en faisant tuer Agamemnon par son amant Egisthe; (devant le choeur qui lui propose en vain l'adoucissement de l'ivresse, Clytemnestre, avec force et vigueur, révèle son visage. Un visage qui parle, non un visage muet. Le visage d'une femme qui tient son sort entre ses mains. Sous la forme d'une hache. Sous la forme d'un sceptre.
      "Vous voulez m'éprouver, vous me prenez pour une femme inconsidérée. Or je vous dis, moi, vous devez le savoir, que mon coeur ne tremble pas, et que vos critiques comme vos louanges me laissent indifférente. Voilà Agamemnon, mon époux, et son cadavre est l'oeuvre de ma main, ouvrière d'une juste vengeance. Voilà ce que j'ai à vous dire." (Eschyle) )
Clytemnestre et Egiste sont à leur tour assassinés par Oreste, fils d’Agamemnon et de Clytemnestre.
Dans la dernière pièce de la trilogie, la justice change radicalement, le cycle de la vengeance s’arrête définitivement : Oreste est jugé par un tribunal, celui de l’aréopage. Désormais l’individu est jugé selon ses actes et doit répondre de ses faits et gestes et non de ceux de ses ancêtres. La justice, et avec elle la notion d’intention et de circonstances atténuantes, a remplacé la vengeance." (Isabelle Didierjean)

"Laissons parler les Grecs sur la violence. Laissons-les nous dire ce qu'elle est et pourquoi ils n'en veulent pas. Peut-être cela nous aidera-t-il à préparer un monde où celle-ci soit enfin un peu moins virulente." (Jacqueline de Romilly)

Regardez cette photo d'un bas relief représentant une jeune fille jouant de la flute. Quel calme, luxe et volupté !

La violence, la Grèce l'a connue sous toutes ses formes : guerres, pillages, massacres... Mais d'emblée, ses philosophes, ses dramaturges en ont perçu le caractère inacceptable ; tout leur effort a été pour fonder en raison un idéal d'humanité, de justice, de tolérance.
La littérature grecque n'est pas complaisante. Fruit d'une civilisation qui a inventé la justice et la douceur, elle condamne le plus souvent sans indulgence la violence qu'elle sait décrire avec habileté. "La Grèce antique suggère une solution à notre sombre époque contemporaine : pourquoi ne pas retenir la leçon des Anciens et croire au bonheur ? » (Loïs Klein)

Comparés aux Grecs, les Romains étaient des brutes militaristes. Hantés par le goût du pouvoir, ils ont voulu régner sur le monde et se sont décomposés de l'intérieur. Ils se sont autodétruits et c'est ce qui arrivera à notre civilisation si les hommes continuent à rester aux commandes.
Un usage militaire courant chez les Romains : l'exécution des prisonniers de guerre jusqu'au dernier.

"...rien ne vous consume plus vite que le ressentiment. Le dépit, la susceptibilité maladive, l'impuissance à se revancher, l'envie, la soif de la vengeance, autant de toxines, autant de réactions qui sont les pires pour un épuisé ; elles entraînent une usure rapide de la résistance nerveuse et une recrudescence morbide des évacuations nuisibles comme l'épanchement de la bile dans l'estomac. Le ressentiment doit pour le malade être essentiellement tabou, c'est sa maladie elle-même : c'est aussi malheureusement son penchant le plus naturel. Bouddha l'avait compris, le grand physiologiste. Sa « religion » - qu'on ferait mieux d'appeler hygiène pour ne pas la commettre avec d'aussi pitoyables choses que le christianisme faisait dépendre son efficacité de la défaite du ressentiment : libérer l'âme du ressentiment C'est le premier pas vers la guérison. « Ce n'est pas l'inimitié, mais l'amitié qui met un terme à l'inimitié » : voilà la première leçon du Bouddha ; ce n'est pas le langage de la morale, c'est celui de la physiologie. Le ressentiment né de la faiblesse n'est nuisible à nul plus qu'au faible ; dans les autres cas, chez les natures riches, c'est un sentiment superflu : on prouve presque sa richesse en le matant. Pour qui sait avec quel sérieux ma philosophie fait la guerre à tous les sentiments de vengeance et de rancune." (Nietzsche)

La piste du jour est le renoncement à la vengeance, genre vendetta interminable, et, en cas de conflit, l’appel à la justice des hommes.
 
(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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