Samedi 5 avril 2008
On peut noter que la recherche sur la violence est dans l'air du temps. Voir le site "Massviolence.org".
(la violence-suite)
Imaginons un monde sans violence. La terre ne serait-elle pas le Paradis ? A l’immortalité près, pour ceux qui y tiennent. Car me semble-t-il, la différence entre le Paradis et l’Enfer, c’est la violence. What else ?
"Le théâtre naît en Grèce à une époque où le droit et la politique tendent à devenir autonomes. Le théâtre est contemporain et témoin de ce changement. Par exemple la trilogie d’Eschyle nous montre une justice archaïque, fondée sur la vengeance reproduisant la violence et le meurtre de génération en génération :
Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie (pour que se lève le vent qui poussera la flotte des Grecs sous les murs de
Troie); son épouse Clytemnestre la venge en faisant tuer Agamemnon par son amant Egisthe; (devant le choeur qui lui propose en vain l'adoucissement de l'ivresse, Clytemnestre, avec force et
vigueur, révèle son visage. Un visage qui parle, non un visage muet. Le visage d'une femme qui tient son sort entre ses mains. Sous la forme d'une hache. Sous la forme d'un sceptre.
"Vous voulez m'éprouver, vous me prenez pour une femme inconsidérée. Or je vous dis, moi, vous devez le savoir, que mon coeur ne tremble pas, et que vos critiques comme vos louanges me laissent indifférente. Voilà Agamemnon, mon époux, et son cadavre est l'oeuvre de ma main, ouvrière d'une juste vengeance. Voilà ce que j'ai à vous dire." (Eschyle) )
Clytemnestre et Egiste sont à leur tour assassinés par Oreste, fils d’Agamemnon et de Clytemnestre.
Dans la dernière pièce de la trilogie, la justice change radicalement, le cycle de la vengeance s’arrête définitivement : Oreste est jugé par un tribunal, celui de l’aréopage. Désormais l’individu est jugé selon ses actes et doit répondre de ses faits et gestes et non de ceux de ses ancêtres. La justice, et avec elle la notion d’intention et de circonstances atténuantes, a remplacé la vengeance." (Isabelle Didierjean)
"Laissons parler les Grecs sur la violence. Laissons-les nous dire ce qu'elle est et pourquoi ils n'en veulent pas. Peut-être cela nous aidera-t-il à préparer un monde où celle-ci soit enfin un peu moins virulente." (Jacqueline de Romilly)
Regardez cette photo d'un bas relief représentant une jeune fille jouant de la flute. Quel calme, luxe et volupté !
La violence, la Grèce l'a connue sous toutes ses formes : guerres, pillages, massacres... Mais d'emblée, ses philosophes, ses dramaturges en ont perçu le caractère inacceptable ; tout leur effort a été pour fonder en raison un idéal d'humanité, de justice, de tolérance.
La littérature grecque n'est pas complaisante. Fruit d'une civilisation qui a inventé la justice et la douceur, elle condamne le plus souvent sans indulgence la violence qu'elle sait décrire avec habileté. "La Grèce antique suggère une solution à notre sombre époque contemporaine : pourquoi ne pas retenir la leçon des Anciens et croire au bonheur ? » (Loïs Klein)
"Les neutres, les abstentionnistes, les sans-opinions, les ni-droite-ni-gauche... tous des idiots! idiot de idiôtès - l'imbécile qui ne s'occupe que de ses propres affaires." (Cornélius Castoriadis) au cours d'un séminaire sur la notion de "parrhèsia, obligation de dire franchement ce que l'on pense à propos des affaires publiques". L'agora est la place publique où tous doivent exprimer leur avis sur les affaires de la cité, "de façon explicite, en fonction d'une activité politique publique, dans et par le logos, la discussion, le conflit des opinions, et pas simplement comme violence aveugle". La vraie démocratie est la démocratie directe, pas la représentative qui réduit à quelques élus le droit à la parole.
Comparés aux Grecs, les Romains étaient des brutes militaristes. Hantés par le goût du pouvoir, ils ont voulu régner sur le monde et se sont décomposés de l'intérieur. Ils se sont autodétruits et c'est ce qui arrivera à notre civilisation si les hommes continuent à rester aux commandes.
Un usage militaire courant chez les Romains : l'exécution des prisonniers de guerre jusqu'au dernier.
"Dans le monde d'aujourd'hui, c'est terrible d'être perdant. On vous écrase, on vous méprise. Cela peut développer des haines, des colères, un besoin irrépressible de vengeance" (Katherine Pancol)
Hé bien, non, il ne faut pas se laisser aller à ces sentiments mauvais. Papa Nietzsche vous le dit:
"...rien ne vous consume plus vite que le ressentiment. Le dépit, la susceptibilité maladive, l'impuissance à se revancher, l'envie, la soif de la vengeance, autant de toxines, autant de réactions qui sont les pires pour un épuisé ; elles entraînent une usure rapide de la résistance nerveuse et une recrudescence morbide des évacuations nuisibles comme l'épanchement de la bile dans l'estomac. Le ressentiment doit pour le malade être essentiellement tabou, c'est sa maladie elle-même : c'est aussi malheureusement son penchant le plus naturel. Bouddha l'avait compris, le grand physiologiste. Sa « religion » - qu'on ferait mieux d'appeler hygiène pour ne pas la commettre avec d'aussi pitoyables choses que le christianisme faisait dépendre son efficacité de la défaite du ressentiment : libérer l'âme du ressentiment C'est le premier pas vers la guérison. « Ce n'est pas l'inimitié, mais l'amitié qui met un terme à l'inimitié » : voilà la première leçon du Bouddha ; ce n'est pas le langage de la morale, c'est celui de la physiologie. Le ressentiment né de la faiblesse n'est nuisible à nul plus qu'au faible ; dans les autres cas, chez les natures riches, c'est un sentiment superflu : on prouve presque sa richesse en le matant. Pour qui sait avec quel sérieux ma philosophie fait la guerre à tous les sentiments de vengeance et de rancune." (Nietzsche)
La piste du jour est le renoncement à la vengeance, genre vendetta interminable, et, en cas de conflit, l’appel à la justice des hommes et même sans conflit, l'appel à tous de discuter publiquement des affaires de la ville.
(à suivre)
(la violence-suite)
Imaginons un monde sans violence. La terre ne serait-elle pas le Paradis ? A l’immortalité près, pour ceux qui y tiennent. Car me semble-t-il, la différence entre le Paradis et l’Enfer, c’est la violence. What else ?
"Le théâtre naît en Grèce à une époque où le droit et la politique tendent à devenir autonomes. Le théâtre est contemporain et témoin de ce changement. Par exemple la trilogie d’Eschyle nous montre une justice archaïque, fondée sur la vengeance reproduisant la violence et le meurtre de génération en génération :
Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie (pour que se lève le vent qui poussera la flotte des Grecs sous les murs de
"Vous voulez m'éprouver, vous me prenez pour une femme inconsidérée. Or je vous dis, moi, vous devez le savoir, que mon coeur ne tremble pas, et que vos critiques comme vos louanges me laissent indifférente. Voilà Agamemnon, mon époux, et son cadavre est l'oeuvre de ma main, ouvrière d'une juste vengeance. Voilà ce que j'ai à vous dire." (Eschyle) )
Clytemnestre et Egiste sont à leur tour assassinés par Oreste, fils d’Agamemnon et de Clytemnestre.
Dans la dernière pièce de la trilogie, la justice change radicalement, le cycle de la vengeance s’arrête définitivement : Oreste est jugé par un tribunal, celui de l’aréopage. Désormais l’individu est jugé selon ses actes et doit répondre de ses faits et gestes et non de ceux de ses ancêtres. La justice, et avec elle la notion d’intention et de circonstances atténuantes, a remplacé la vengeance." (Isabelle Didierjean)
"Laissons parler les Grecs sur la violence. Laissons-les nous dire ce qu'elle est et pourquoi ils n'en veulent pas. Peut-être cela nous aidera-t-il à préparer un monde où celle-ci soit enfin un peu moins virulente." (Jacqueline de Romilly)
Regardez cette photo d'un bas relief représentant une jeune fille jouant de la flute. Quel calme, luxe et volupté !
La violence, la Grèce l'a connue sous toutes ses formes : guerres, pillages, massacres... Mais d'emblée, ses philosophes, ses dramaturges en ont perçu le caractère inacceptable ; tout leur effort a été pour fonder en raison un idéal d'humanité, de justice, de tolérance.
La littérature grecque n'est pas complaisante. Fruit d'une civilisation qui a inventé la justice et la douceur, elle condamne le plus souvent sans indulgence la violence qu'elle sait décrire avec habileté. "La Grèce antique suggère une solution à notre sombre époque contemporaine : pourquoi ne pas retenir la leçon des Anciens et croire au bonheur ? » (Loïs Klein)
"Les neutres, les abstentionnistes, les sans-opinions, les ni-droite-ni-gauche... tous des idiots! idiot de idiôtès - l'imbécile qui ne s'occupe que de ses propres affaires." (Cornélius Castoriadis) au cours d'un séminaire sur la notion de "parrhèsia, obligation de dire franchement ce que l'on pense à propos des affaires publiques". L'agora est la place publique où tous doivent exprimer leur avis sur les affaires de la cité, "de façon explicite, en fonction d'une activité politique publique, dans et par le logos, la discussion, le conflit des opinions, et pas simplement comme violence aveugle". La vraie démocratie est la démocratie directe, pas la représentative qui réduit à quelques élus le droit à la parole.
Comparés aux Grecs, les Romains étaient des brutes militaristes. Hantés par le goût du pouvoir, ils ont voulu régner sur le monde et se sont décomposés de l'intérieur. Ils se sont autodétruits et c'est ce qui arrivera à notre civilisation si les hommes continuent à rester aux commandes.
Un usage militaire courant chez les Romains : l'exécution des prisonniers de guerre jusqu'au dernier.
"Dans le monde d'aujourd'hui, c'est terrible d'être perdant. On vous écrase, on vous méprise. Cela peut développer des haines, des colères, un besoin irrépressible de vengeance" (Katherine Pancol)
Hé bien, non, il ne faut pas se laisser aller à ces sentiments mauvais. Papa Nietzsche vous le dit:
"...rien ne vous consume plus vite que le ressentiment. Le dépit, la susceptibilité maladive, l'impuissance à se revancher, l'envie, la soif de la vengeance, autant de toxines, autant de réactions qui sont les pires pour un épuisé ; elles entraînent une usure rapide de la résistance nerveuse et une recrudescence morbide des évacuations nuisibles comme l'épanchement de la bile dans l'estomac. Le ressentiment doit pour le malade être essentiellement tabou, c'est sa maladie elle-même : c'est aussi malheureusement son penchant le plus naturel. Bouddha l'avait compris, le grand physiologiste. Sa « religion » - qu'on ferait mieux d'appeler hygiène pour ne pas la commettre avec d'aussi pitoyables choses que le christianisme faisait dépendre son efficacité de la défaite du ressentiment : libérer l'âme du ressentiment C'est le premier pas vers la guérison. « Ce n'est pas l'inimitié, mais l'amitié qui met un terme à l'inimitié » : voilà la première leçon du Bouddha ; ce n'est pas le langage de la morale, c'est celui de la physiologie. Le ressentiment né de la faiblesse n'est nuisible à nul plus qu'au faible ; dans les autres cas, chez les natures riches, c'est un sentiment superflu : on prouve presque sa richesse en le matant. Pour qui sait avec quel sérieux ma philosophie fait la guerre à tous les sentiments de vengeance et de rancune." (Nietzsche)
La piste du jour est le renoncement à la vengeance, genre vendetta interminable, et, en cas de conflit, l’appel à la justice des hommes et même sans conflit, l'appel à tous de discuter publiquement des affaires de la ville.
(à suivre)
(la violence-suite)
au
cerveau et épilepsie, m’ont affaibli et rendu sensible aux bousculades dans la foule, craintif aux chocs physiques, inapte à m’opposer aux incivilités qu’on peut rencontrer à chaque instant dans la
rue. Cet état m'a fait comprendre combien la vie est compliquée pour les handicapés, les personnes âgées, pourquoi les femmes évitent le métro la nuit et craignent les parkings isolés, et puis que
je suis hélas mortel. La maladie et sa commère la Mort me chatouillent les nerfs.
