Samedi 5 avril 2008
On peut noter que la recherche sur la violence est dans l'air du temps. Voir le site "Massviolence.org".

(la violence-suite)
Imaginons un monde sans violence. La terre ne serait-elle pas le Paradis ? A l’immortalité près, pour ceux qui y tiennent. Car me semble-t-il, la différence entre le Paradis et l’Enfer, c’est la violence. What else ?

"Le théâtre naît en Grèce à une époque où le droit et la politique tendent à devenir autonomes. Le théâtre est contemporain et témoin de ce changement. Par exemple la trilogie d’Eschyle nous montre une justice archaïque, fondée sur la vengeance reproduisant la violence et le meurtre de génération en génération :
Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie (pour que se lève le vent qui poussera la flotte des Grecs sous les murs de
Troie); son épouse Clytemnestre la venge en faisant tuer Agamemnon par son amant Egisthe; (devant le choeur qui lui propose en vain l'adoucissement de l'ivresse, Clytemnestre, avec force et vigueur, révèle son visage. Un visage qui parle, non un visage muet. Le visage d'une femme qui tient son sort entre ses mains. Sous la forme d'une hache. Sous la forme d'un sceptre.
      "Vous voulez m'éprouver, vous me prenez pour une femme inconsidérée. Or je vous dis, moi, vous devez le savoir, que mon coeur ne tremble pas, et que vos critiques comme vos louanges me laissent indifférente. Voilà Agamemnon, mon époux, et son cadavre est l'oeuvre de ma main, ouvrière d'une juste vengeance. Voilà ce que j'ai à vous dire." (Eschyle) )
Clytemnestre et Egiste sont à leur tour assassinés par Oreste, fils d’Agamemnon et de Clytemnestre.
Dans la dernière pièce de la trilogie, la justice change radicalement, le cycle de la vengeance s’arrête définitivement : Oreste est jugé par un tribunal, celui de l’aréopage. Désormais l’individu est jugé selon ses actes et doit répondre de ses faits et gestes et non de ceux de ses ancêtres. La justice, et avec elle la notion d’intention et de circonstances atténuantes, a remplacé la vengeance." (Isabelle Didierjean)

"Laissons parler les Grecs sur la violence. Laissons-les nous dire ce qu'elle est et pourquoi ils n'en veulent pas. Peut-être cela nous aidera-t-il à préparer un monde où celle-ci soit enfin un peu moins virulente." (Jacqueline de Romilly)


Regardez cette photo d'un bas relief représentant une jeune fille jouant de la flute. Quel calme, luxe et volupté !

La violence, la Grèce l'a connue sous toutes ses formes : guerres, pillages, massacres... Mais d'emblée, ses philosophes, ses dramaturges en ont perçu le caractère inacceptable ; tout leur effort a été pour fonder en raison un idéal d'humanité, de justice, de tolérance.
La littérature grecque n'est pas complaisante. Fruit d'une civilisation qui a inventé la justice et la douceur, elle condamne le plus souvent sans indulgence la violence qu'elle sait décrire avec habileté. "La Grèce antique suggère une solution à notre sombre époque contemporaine : pourquoi ne pas retenir la leçon des Anciens et croire au bonheur ? » (Loïs Klein)

"Les neutres, les abstentionnistes, les sans-opinions, les ni-droite-ni-gauche... tous des idiots! idiot de idiôtès - l'imbécile qui ne s'occupe que de ses propres affaires." (Cornélius Castoriadis) au cours d'un séminaire sur la notion de "parrhèsia, obligation de dire franchement ce que l'on pense à propos des affaires publiques". L'agora est la place publique où tous doivent exprimer leur avis sur les affaires de la cité, "de façon explicite, en fonction d'une activité politique publique, dans et par le logos, la discussion, le conflit des opinions, et pas simplement comme violence aveugle". La vraie démocratie est la démocratie directe, pas la représentative qui réduit à quelques élus le droit à la parole.

Comparés aux Grecs, les Romains étaient des brutes militaristes. Hantés par le goût du pouvoir, ils ont voulu régner sur le monde et se sont décomposés de l'intérieur. Ils se sont autodétruits et c'est ce qui arrivera à notre civilisation si les hommes continuent à rester aux commandes.
Un usage militaire courant chez les Romains : l'exécution des prisonniers de guerre jusqu'au dernier.

"Dans le monde d'aujourd'hui, c'est terrible d'être perdant. On vous écrase, on vous méprise. Cela  peut développer des haines, des colères, un besoin irrépressible de vengeance" (Katherine Pancol)
Hé bien, non, il ne faut pas se laisser aller à ces sentiments mauvais. Papa Nietzsche vous le dit:
"...rien ne vous consume plus vite que le ressentiment. Le dépit, la susceptibilité maladive, l'impuissance à se revancher, l'envie, la soif de la vengeance, autant de toxines, autant de réactions qui sont les pires pour un épuisé ; elles entraînent une usure rapide de la résistance nerveuse et une recrudescence morbide des évacuations nuisibles comme l'épanchement de la bile dans l'estomac. Le ressentiment doit pour le malade être essentiellement tabou, c'est sa maladie elle-même : c'est aussi malheureusement son penchant le plus naturel. Bouddha l'avait compris, le grand physiologiste. Sa « religion » - qu'on ferait mieux d'appeler hygiène pour ne pas la commettre avec d'aussi pitoyables choses que le christianisme faisait dépendre son efficacité de la défaite du ressentiment : libérer l'âme du ressentiment C'est le premier pas vers la guérison. « Ce n'est pas l'inimitié, mais l'amitié qui met un terme à l'inimitié » : voilà la première leçon du Bouddha ; ce n'est pas le langage de la morale, c'est celui de la physiologie. Le ressentiment né de la faiblesse n'est nuisible à nul plus qu'au faible ; dans les autres cas, chez les natures riches, c'est un sentiment superflu : on prouve presque sa richesse en le matant. Pour qui sait avec quel sérieux ma philosophie fait la guerre à tous les sentiments de vengeance et de rancune." (Nietzsche)

La piste du jour est le renoncement à la vengeance, genre vendetta interminable, et, en cas de conflit, l’appel à la justice des hommes et même sans conflit, l'appel à tous de discuter publiquement des affaires de la ville.
 
(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Jeudi 3 avril 2008
Des commentaires reçus sur les chapitres précédents, on peut rajouter dans la liste des pistes menant à l’arrêt des violences : la salutation "Que la paix soit avec vous", l’amour et la communion silencieuse, la décanonisation de Louis 9, la musique, la peinture, l’art et l’inceste.
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(la violence-suite)

Qui dit violence de l’un dit douleur de l’autre. Violence de Dieu, supplice de la croix pour son fils : le front ceint d’une couronne d’épines, les mains et les pieds troués par des clous, le corps retenus par ces clous, les bras écartelés, et ça dure des heures ! Sa représentation : le crucifix qui a longtemps trôné dans les chambres au dessus du lit familial, quelle sexualité a-t-elle pu s’y épanouir ?

La mort du Christ. Ses sept dernières paroles :
- Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu'ils font
- En vérité, je te le dis, aujourd'hui avec moi, tu seras dans le paradis (au larron)
- Femme voilà ton fils
- Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?
- J'ai soif
- Tout est accompli
- Père, entre tes mains je confie mon esprit

Mais enfin quel est ce dieu, dit "L'éternel des armées", qui demande à Abraham de sacrifier son fils pour juger de sa foi, qui sacrifie son propre fils pour nous sauver en nous collant au passage une sacré responsabilité ?
Et l'enfer, cette souffrance infinie et éternelle, parce qu'on aurait fauté !
Dante décrit dans les détails ce qui attend en enfer ceux qui auraient commis un de ces péchés : la luxure, la paresse, la gourmandise, l'avarice et la prodigalité, la colère, l'hérésie, la violence, la fraude, la sodomie, l'homicide, le suicide, le blasphème, la philosophie, l'usure, la tromperie, la séduction, la flatterie, la simonie, la sorcellerie, la concussion et prévarication, l'hypocrisie, le vol, le mauvais conseil, le charlatanisme, le mensonge et la traîtrise. Quel homme pourrait y échapper ? Vous ? Saint homme !


L'agnostique que je suis s'étonne de l'exubérance de l'imagination humaine concernant les supplices et châtiments en enfer et de la pauvreté du catalogue des délices et félicités paradisiaques qui propose un lieu spirituel où les justes connaîtront le bonheur éternel, parfait et infini dans la contemplation de Dieu ! Douleurs affreuses des corps ou béatitude de l'esprit. Quel choix ! Non, quittons l'ère chrétienne, trop triste et douloureuse. Mais pour aller où?

  « Le Paradis est peut-être le pire, parce qu’il se situe en dehors de l’humain. C’est la terreur absolue. Même la lumière qui y règne est radioactive. Alors que l’Enfer est le cantique le plus humain. On y trouve une nostalgie de la vie, une forme de regret d’avoir manqué le rendez-vous avec elle. C’est très intime, susceptible de toucher chacun de nous. En lisant l’Enfer, on se reconnaît parmi tous les pécheurs. (Romeo Castellucci) »

Le Coran donne une description du Paradis plus précise et alléchante.
    «  Et quant à ceux qui ont cru et fait de bonnes œuvres, bientôt Nous les ferons entrer aux Jardins sous lesquels coulent des ruisseaux. Ils y demeureront éternellement. Il y aura là pour eux des épouses purifiées. Et Nous les ferons entrer sous un ombrage épais »
    «  Il y aura là des fleuves dont l'eau est incorruptible, des fleuves de lait au goût inaltérable, des fleuves de vin, délices pour ceux qui en boivent, des fleuves de miel purifié. Ils y trouveront aussi toutes sortes de fruits et le pardon de leur Seigneur»
    «  Là, il y aura des vertueuses et des belles.
    Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ?
    Des houris cloîtrées dans les tentes,
    Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ?

    qu'avant eux aucun homme ou djinn n'a déflorées.
    Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ?
    Ils seront accoudés sur des coussins verts et des tapis épais et jolis.
    Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? »
    «  Parmi eux circuleront des garçons éternellement jeunes,
    avec des coupes, des aiguières et un verre (rempli) d'une liqueur de source
    qui ne leur provoquera ni maux de tête ni étourdissement;
    et des fruits de leur choix,
    et toute chair d'oiseau qu'ils désireront.
    Et ils auront des houris aux yeux, grands et beaux,
    pareilles à des perles en coquille
    en récompense pour ce qu'ils faisaient.  »
    «  On leur sert à boire un nectar pur, cacheté,
    laissant un arrière-goût de musc. Que ceux qui la convoitent entrent en compétition (pour l'acquérir)
    Il est mélangé à la boisson de Tasnîm,
    source dont les rapprochés boivent.  »

Ouiiii! Par contre, l'enfer n'est toujours pas réjouissant :
" L'Enfer demeure aux aguets, refuge pour les transgresseurs. Ils y demeureront pendant des siècles successifs. Ils n'y goûteront ni fraîcheur ni breuvage, hormis une eau bouillante et un pus comme rétribution équitable. »

On comprend que des jeunes gens (martyrs ou terroristes) acceptent de se faire exploser pour aller à un tel Paradis après une mort héroïque. Mais pour les femmes ? Ont-elles leur propre paradis ? Ces différentes versions de l'après montrent que les religions nous font craindre la mort en cas de mauvaise vie –le bâton-, mais plutôt la désirer si la vie a été sans péché–la carotte-, ce qui est bien pratique lorsqu'il s'agit d'envoyer des hommes à la guerre pour mourir avec l'assentiment de Dieu. Dieu avec nous, Gott mit uns, God save the Queen, Allah Akbar, ... Sommes nous des ânes?

« La religion a été établie pour bien mourir à soi-même » (Sœur Angélique)

« Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes. A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur. » (Victor Hugo)
Mais aujourd'hui, « Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres. » ( Jean-Paul Sartre)
Ah, bon ! Enfin, entre nous, simples humains.

La question de la violence, et en particulier de l'homicide, du viol et de la torture, est si récurrente dans l'histoire humaine que les religions ont été amenées à se prononcer à son sujet.
    * parfois pour la prohiber (« tu ne tueras point » dans Les Dix Commandements)
    * parfois pour l'instrumentaliser (sacrifices humains)
    * parfois enfin pour la codifier dans des cas formels bien définis : guerre (dont la légitimité ne semble contestée
par aucune religion (sauf Les " Témoins Chrétiens de Jéhovah" et les Quakers), peine de mort éventuelle, etc.
Elles ont émis parfois aussi des positions sur le suicide.

Et si nous avions le courage de nous passer de la béquille des religions pour affronter chacun son propre effroi devant l'inconnu de la mort, les espaces sidéraux glacés infinis et l'éternité des temps ?
Le réconfort des prières est affaire de douillets aveuglés devant les violences réelles, toujours actuelles, engendrées par les guerres de religion.

Et il y en a qui remettent ça !

La piste à suivre est l'abandon des religions après le crépuscule des dieux.

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Dimanche 30 mars 2008
(la violence-suite)

Ca a commencé tôt. Les savants estiment la création de la terre à trois milliards d’années et l’apparition de l’espèce humaine à trois millions d’années, n’en déplaise aux créationnistes qui la situe à six mille ans.
Adam et Eve sont chassés du Paradis à cause de la curiosité d’Eve qui ne supporte pas l’Interdit. Ils ont deux fils Abel et Caïn. Caïn est cultivateur, Abel berger. Abel a un nom particulièrement étrange, puisqu'il signifie « buée », « petit vent » ou encore « vanité » (le même mot que le leitmotiv de l'Ecclésiaste : vanité des vanités, tout est vanité.). Caïn offre à Dieu des fruits, Abel un agneau. Dieu préfère la viande et le fait savoir. Caïn fait l'expérience de l'inégalité et il réagit de manière forte : la colère bouillonne en lui. Pourtant, si Dieu s'est détourné de son sacrifice, il ne le rejette pas pour autant. Il lui parle, il l'exhorte à ne pas se soumettre au péché. Le terme « péché » apparaît pour la toute première fois dans la Bible ! Le « péché originel » n'est pas celui de l'histoire d'Adam et Ève, à savoir la transgression de l'interdit divin. Le premier péché, c'est de laisser libre cours à la violence !!!
Jaloux, Caïn tue Abel. C'est un corbeau qui annonce cette trite nouvelle à Adam. A Dieu qui demande à Caïn où est Abel, il répond : suis-je le gardien de mon frère ?

Un peu plus tard.
Abraham aurait eu la révélation vers 1300 avant JC.
Abraham a eu deux fils de deux femmes différentes. Ismaël avec Hagar, l'Egyptienne, et Isaac avec Sara, sa femme qui se croyait stérile. C'est Isaac qui va choisir de poursuivre la mission de son père.
Isaac a deux fils jumeaux : Esaü et Jacob. Bien qu'ils soient jumeaux, Esaü et Jacob ont des personnalités totalement différentes, et ils n'ont aucune ressemblance physique. La Bible décrit Esaü comme chevelu, et Jacob comme ayant la peau lisse. Esaü est un chasseur, un homme d'action. Jacob est un érudit ; il n'est pas un homme d'action.
Le récit biblique fait également apparaître qu'Isaac favorise Esaü en tant que premier-né des jumeaux. Il n'est l'aîné que de quelques minutes, mais cela est significatif quand il en vient à revendiquer l'héritage de la famille.
Rébecca, femme d'Isaac, favorise ouvertement son fils Jacob. La Bible dit que les femmes ont une intelligence intuitive supplémentaire. A de nombreuses reprises dans le récit biblique, les hommes commettent des erreurs stupides, et les femmes font ce qu'il convient de faire.
Isaac étant devenu vieux, il décide de donner à chacun de ses fils une bénédiction, et il cherche, bien entendu, à donner une bénédiction spéciale à son aîné Esaü.
Quand un grand homme comme Isaac transmet une bénédiction, cette bénédiction libère des forces spirituelles et devient une réalité.
Ce qui appâte Esaü, ce n'est pas la bénédiction du fils aîné avec toutes les responsabilités qui lui sont associées de devoir poursuivre la mission de son père, mais ce sont les richesses et le pouvoir qui l'accompagnent. Rébecca sait en revanche que la bénédiction doit aller à Jacob, car il est celui qui a la volonté et la possibilité de changer le monde comme l'avait fait Abraham.
Aussi, pendant qu'Esaü part à la chasse pour pouvoir offrir quelque gibier à son père afin qu'il le bénisse, que fait Rébecca ? Elle couvre les bras de Jacob avec la peau d'un bouc afin qu'il paraisse poilu comme Esaü. Et Isaac, qui est aveugle, s'en trouve ainsi berné.
Quand Isaac rencontre Jacob qui se présente à lui comme étant Esaü, il remarque : La voix est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d'Esaü.
C'est parce que la voix symbolise le pouvoir de l'intellect, et que les mains représentent celui de l'action, de la force et de l'épée.
Isaac trompé donne sa bénédiction à Jacob. Furieux, Ésaü conçut de la haine contre Jacob, il disait en son coeur: Les jours du deuil de mon père vont approcher, et je tuerai Jacob, mon frère.
Ce n'est rien moins qu'une lutte au niveau cosmique. Ces deux frères Jacob et Esaü poursuivent un combat commencé in utero, et ils vont lutter tout au long de l'histoire.

Avec Jacob et Ésaü, on retrouve les deux principes qui ont été démontrés avec Caïn et Abel, l’un étant charnel et irrévérencieux et l’autre spirituel et intègre.
Ce sont donc les frères qui s’entretuent par jalousie –un frère réussit mieux- ou par sentiment d’injustice –un frère reçoit plus-.
"L'injustice est le principe même de la marche de cet univers." (Ernest Renan)

"Sur toute la Terre, il n'y avait qu'une seule langue, on se servait des mêmes mots. Des hommes s'établirent dans le pays de Sinéar. Ils se dirent l'un à l'autre: "Allons, faisons des briques et cuisons-les au feu." La brique leur tint lieu de pierre, et le bitume de mortier. Puis ils dirent: "Allons, bâtissons-nous une ville  (Babylone) et une tour dont le sommet atteigne les cieux. Ainsi nous ferons un nom, de peur d'être dispersés sur toute la face de la Terre." Mais le seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. "Voici, dit-il, qu'ils ne forment qu'un seul peuple et ne parlent qu'une seule langue. S'ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais
d'exécuter toutes leurs entreprises. Allons, descendons pour mettre la confusion dans leur langage, en sorte qu'ils ne se comprennent plus les uns les autres." Ce fut de là que le Seigneur les dispersa sur la face de toute la Terre, et ils arrêtèrent la construction de la ville. C'est pourquoi elle reçut le nom de Babel, car c'est là que le Seigneur mit la confusion dans le langage de tous les habitants de la Terre, et c'est là qu'il les dispersa sur la face de toute la Terre." (La Bible)
Des langages différents, donc des peuples qui ne peuvent ni discuter, ni se comprendre, merci Dieu ! Le mot babil viendrait-il de Babel, avec une racine onomatopéique bab du langage enfantin qui exprime le mouvement des lèvres ? Babiller, babble en anglais, babbeln en allemand ? Babilu en assyrien, porte de Dieu.
Une nouvelle piste : Comment comprendre l’autre si on ne comprend pas sa langue ? Comment se connaître soi-même si on ne sait pas formuler ses pensées et ses impressions, comment se faire connaître des autres si, par la parole, on ne peut donner son avis, son accord ou son désaccord ? Le manque de mots entraîne des difficultés d’expression, il faut passer alors par des intermédiares –avocats, écrivains publics, hommes politiques- ou plus simplement par les cris et les coups pour signifier aux autres son existence, par la violence.

Dans son film "Intolérance" réalisé en 1916,D.W.Griffith a accordé une place importante au récit de la fin de Babylone.
Dans le film Metropolis, une scène raconte l’histoire de la tour de Babel : son but, sa construction, les incompréhensions entre la main et la tête et sa fin. Dans une scène, un homme cherche à s'élever au dessus des autres par le biais d'un robot à l'apparence de petite fille, pouvant contrôler le monde du haut d'une tour appelée Ziggurat, faite à l'image de la tour de Babel.

S'élever au dessus des autres, Deutschland über alles.
Délire paranoïaque du pouvoir absolu des princes,
Sourd délire de la base d’en découdre.
Quelle tour !

La vanité, l’incapacité de s’exprimer, l’injustice et la jalousie, sources de violence.

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Jeudi 27 mars 2008
    (la violence-suite)

Osons nous lancer dans la fresque immense de la violence à travers les âges et les continents, fresque trouée d’immenses béances dues à l’ignorance et puis, parce qu’on ne peut pas tout raconter, mais le lecteur savant ou averti ou penseur saura en combler les lacunes.
La lecture de prochains épisodes sera parfois pénible par la gravité des faits et à cause de notre sensibilité moderne, mais au bout du compte nous pourrons en ressortir plus, pas endurci, mais plus averti, plus soulagé presque parce que la connaissance du passé dissipe les peurs de l’avenir inconnu et donne des armes pour l’affronter avec sérénité.
Ouvrons grand les yeux, et non « Eyes wide shut » (Kubrick)

"Certes, il perd son temps, le sentimental qui s'occupe des destins des nations dont les corps ont été piétinés par l'Histoire -- cet éléphant. Là-dessus, je suis d'accord. S'il est une colère inutile, c'est bien celle qu'on éprouve en lisant ces mémoires du XVIe siècle dont les auteurs (le plus souvent des prêtres) notent les cruautés inouïes commises en Amérique par les conquistadores espagnols. Notre rage rétrospective ne fera pas revenir les Caraïbes égorgés par le gouverneur Ponce de Léon, elle ne donnera pas une poignée de nourriture aux réfugiés du pays des Incas, chassés dans les cordillères par les chevaliers de la foi et du glaive. L'oubli recouvre les vaincus, et celui qui voudrait lire de près dans le registre des crimes passés, ou, ce qui est pire, imaginer ces crimes dans leurs détails, blanchirait de terreur -- à moins qu'il ne devienne complètement indifférent." (Czeslaw Milosz)
C’est pourtant ce que je propose, sans devenir terrorisé ni indifférent, mais conscient.

"La mémoire de l'humanité pour les souffrances subies est étonnamment courte. Son imagination pour les souffrances à venir est presque moindre encore. C'est cette insensibilité que nous avons à combattre. Car l'humanité est menacée par des guerres, vis-à-vis desquelles celles passées sont de misérables essais, et elles viendront sans doute, si à ceux qui publiquement les préparent, on ne coupe pas les mains." (Bertolt Brecht, 1952)
Déjà une piste, la politique : ne pas élire des va-t-en guerre. Encore faut-il être inscrit sur les listes électorales.

"Gardons-nous de juger les hommes. Attendons de voir s’ils deviennent poètes" (un soldat libanais racontant
comment le contact physique permanent avec une arme et la proximité de la mort – la sienne et celle des autres – dissout les inhibitions liées au sexe, à la drogue, au pouvoir, aux règles morales.)
Encore une piste, écrire, lire de la poésie.

"Comment ignorer la guerre continuelle autour de nous? Partout et depuis toujours, la barbarie nous entoure... le théâtre doit en témoigner." (Harold Pinter)
Nouvelle piste. Assister à des pièces de théâtre, ou mieux, en jouer. Se mettre dans la peau d'un personnage, c'est très difficile, parce qu'il faut d'abord se sortir de soi, quitter le masque et le rôle que nous jouons en société, s'extirper de son enveloppe patiemment fabriquée pendant notre vie,  puis passer par un blanc existentiel genre limbes, avant d'être un autre, voire être son ennemi et le comprendre, sentir comme lui, voir par ses yeux, se voir par ses yeux. Exercice O combien périlleux. Il est tellement plus simple de rester entre soi, dans sa maison, son village, sa tribu, ses copains, les bonnes vieilles blagues, sa famille politique, sa langue, sa couleur. Jouer, c'est lâcher prise, faire le saut dans l'inconnu, le vertige assuré.

"Connaître son ennemi de l'intérieur... chercher sincèrement à comprendre l'ennemi, ses motivations, sa logique intérieure, sa vision du monde et sa propre version de l'histoire." (David Grossman)

Déja trois pistes: la politique, la poésie, le théâtre.

(A suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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Mardi 25 mars 2008
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
                                      Léo Ferré


Des problèmes de santé, tumeurs 800px-Apotheosis.jpgau cerveau et épilepsie, m’ont affaibli et rendu sensible aux bousculades dans la foule, craintif aux chocs physiques, inapte à m’opposer aux incivilités qu’on peut rencontrer à chaque instant dans la rue. Cet état m'a fait comprendre combien la vie est compliquée pour les handicapés, les personnes âgées, pourquoi les femmes évitent le métro la nuit et craignent les parkings isolés, et puis que je suis hélas mortel. La maladie et sa commère la Mort me chatouillent les nerfs.
Disposant de temps libre à la retraite pour rêver du temps qui passe, du temps qui file, je me suis posé la question de la violence entre les êtres humains et la première constatation est que cette violence, bien que la France et l'Europe soient en paix depuis des décennies, bien qu’il n’y ait plus de service militaire obligatoire, est toujours très présente dans nos esprits, les sondages, les discours politiques, les affiches publicitaires, les magazines, les journaux, les livres, la télévision, le cinéma et les jeux vidéo. On y est tellement habitué qu'on ne remarque plus la sauvagerie exposée dans de nombreuses affiches de films qui se veulent aguichantes et les actualités ronronnent sur les atrocités quotidiennes dans le monde. "La violence symbolique avec laquelle les media nous bombardent quotidiennement nous donne l’impression d’être rescapés d’un désastre. Nous vivons sous le poids d’un sentiment d’insécurité absolue, d’une anxiété généralisée et sans cause précise." (Natalie Levisalles)



Aujourd'hui, lorsqu'on évoque la violence, on pense aux cités de banlieue, aux zones de non droit où se dérouleraient des trafics en tous genres, où se pratiqueraient des sexualités sauvages et où ne pourraient plus accéder les forces de la République qu'à coups de Karcher. On pense aussi à des régions lointaines ou pas si lointaines où se déroulent des conflits interminables entre gens de religions ou d'ethnies différentes. Il y a 3000 ans, Damas et Israël étaient en guerre. On peut aussi penser aux violences scolaires et celles commises dans le privé familial. Ce sont des faits divers ou faits de société.

La violence physique semble être une affaire de jeunes hommes, riches en testostérone et force musclée, sinon en biens matériels. D'où la tentative de rééquilibrage des richesses en prenant de force aux vieux ce qui manque aux jeunes, normal. Nous avons mis trop de stérogile dans le biberon de nos enfants qui mesurent aujourd'hui adolescents 1m80 en moyenne. On ne voit pas souvent une petite vieille agresser une bande de jeunes.
Les soldats dans toutes les armées ont entre vingt et quarante ans, parfois douze ou cinquante. Ils ont la force, la résistance, la souplesse et sont entraînés à la violence. A priori, ces jeunes ne sont pas nés pour tuer, "born to kill", mais ils sont formés physiquement et psychologiquement à tirer le premier, sans état d'âme. Ils perdent leur humanité, formatés pour tuer. La cruauté n’est pas innée.
Ne stigmatisons pas les jeunes. Ils sont l'avenir, ils sont aussi ce que nous en avons fait, le fruit de notre travail, de nos révoltes, de nos espérances et aussi de nos petitesses et de notre avarice rance.
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D’après des études psychologiques, il y aurait moins de cinq pour cent de personnes considérées comme pouvant avoir des penchants envers la cruauté, le sadisme et la perversion. Ce petit pourcentage potentiel est pourtant l'alibi de nombreux films d'horreur et alimente quotidiennement nos journaux télévisés qui présentent, audimat oblige, ce que nous désirons voir sans nous l’avouer, bien sur. Est-ce par fascination de la mort ? Nous ne pouvons détacher notre regard des cadavres -la mort-, et du sexe des femmes -la vie-, bref des questions existentielles. Tout le monde sait qu'un accident sur une voie d'autoroute provoque un bouchon sur la voie opposée qui est pourtant entièrement libre. "Circulez, il n'y a rien à voir". Mais, si, justement.

Les hommes politiques jouent souvent sur nos peurs trouillardes pour se faire élire en nous promettant la sécurité par plus d'armée et de police, G.W. Bush, N. Sarkozy. Il est remarquable que dans les primaires américaines, Barack Obama, au-delà des peurs, de la peur invisible, contrairement à ses rivaux, refuse le langage de la guerre contre la terreur.

Face à une agression, trois attitudes sont possibles : 1) la résistance, la révolte, l'affrontement, mais la défaite et la mort sont des éventualités 2) la fuite, mais qui entraine la perte de ses biens, de son territoire, de ses femmes et de son honneur, et jusqu'où faudra-t-il fuir  et jusqu'à quand ?  3) l'acceptation de la domination, la soumission, l'inhibition, la collaboration, mais l'ulcère d'estomac, le troufignon en chou-fleur et l'esclavage sont assurés. Faites votre choix!

Une guerre mobilise des millions de personnes, celles qui tirent, celles qui souffrent sous les bombes, celles qui fabriquent les canons et les missiles, celles qui les vendent, celles qui déclarent la guerre et celles qui résistent. Des millions de gens sont concernés. Et pourtant tout le monde s'accorde pour dire combien horrible est la guerre. Alors, pourquoi y en a-il-eu, y en a-t-il et y en aura-t-il encore ? Alors que cinq pour cent seulement des hommes aimeraient ça.

Pendant la guerre de 1914/18, 80% des tués étaient en uniforme, 20% étaient des civils, pendant la seconde guerre mondiale, ces proportions passent à 50/50, aujourd'hui dans les guerres du moyen orient, 20% des tués portent un uniforme, 80%  sont des civils, 98% pour les bombes à sous-munitions. Si vous voulez en réchapper lors de la prochaine, engagez-vous !300px-Hieronymus_Bosch_-_The_Garden_of_Earthly_Delights_-_The_Earthly_Paradise_-Garden_of_Eden-.jpg

Ne pourrait-on pas imaginer un monde sans guerre? oui, je sais, peace and love, c'est has been, mais n'entrons nous pas dans une nouvelle ère ? Après celle des tribus s'entre-tuant pour l'eau et la nourriture, celle des rois avides de gloire et du guerrier magnifique égorgeur, celle du patriarcat sévère, après les religions dont les ultimes soubresauts sont encore très violents, après les nationalismes patriotiques, et après les idéologies qui voulaient apporter le bonheur aux peuples en les massacrant, ne pourrait-on pas imaginer un monde de paix et de partage ? Comment qualifier cette nouvelle ère ?

Et si nous regardons ailleurs et dans le temps, nous voyons bien les diverses civilisations atteindre des sommets, puis se figer dans un ordre établi et immuable avant d'être abattues sans rémission par les conquérants, la conquête occidentale étant la dernière, avant la prochaine ? Ainsi des sociétés primitives, des civilisations d'Amérique centrale et d'Orient, dont la caractéristique commune est d'avoir atteint un très haut niveau dans la connaissance de la nature, des chiffres et des astres, mais sans confrontation extérieure, se sont sclérosées dans la répétition de rituels en hommage aux ancêtres.
Et l'Europe où, entre l'Indus et l'Atlantique, au carrefour de trois continents, dans des territoires petits et variés aux frontières meurtrières, se sont élaborés paganismes, puis trois grands monothéismes. "La violence profonde d'une histoire faite d'éradications successives réunit en un tout évolutif cet ensemble de champs de bataille où tant de dieux sont morts et tant d'hommes, pour que la connaissance exacte s'organise et grandisse... La haute température des conflits y rend les maturations plus promptes qu'en Amérique, les régénérations plus vives qu'en Chine." (Charles Morazé) L'Europe, enfin mère de la raison, de l'esprit scientifique, de la politesse, de la Kultur, bref de la Civilisation.
N'oublions pas que cet esprit scientifique et cette Kultur ont aussi produit le plus grand génocide de l'histoire de l'humanité.

Alors, faut-il que les peuples et civilisations disparaissent par violence pour que l'esprit humain progresse ?

Voilà des questions posées. N'ayant évidemment pas la prétention d'apporter des réponses, je livrerai des extraits de diverses lectures qui peuvent vous inciter à la réflexion, aux commentaires et, qui sait, avec votre imagination et votre enthousiasme envers l'avenir, à l'ébauche d'une nouvelle politique de civilisation, vous, les nouveaux prophètes.

(A suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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