Imaginons un monde sans violence. La terre ne serait-elle pas le Paradis ? A l’immortalité près, pour ceux qui y tiennent. Car me semble-t-il, la différence entre le Paradis et l’Enfer, c’est la
violence. What else ?
Les militaires, les soldats, ont pour métier de faire la guerre. Ils sont payés pour ça, la solde. C’est un métier à risque.
« Après tout, c'est leur métier. Ils l'ont choisi ». (brêve de bistrot)
"C'est vrai, sauf que si des militaires français sont en Afghanistan ou au Sud-Liban, c'est en notre nom – celui des citoyens français – qu'ils y sont. Et cela nous interdit l'indifférence."
(Jean-Dominique Merchet). Encore faudrait-il que ces décisions soient l’objet de débats parlementaires et non le simple fait du prince.
L'Etat a des droits régaliens. Le principal droit : la violence légale pour faire respecter la loi par la police qui est armée, la souveraineté nationale par l'armée armée et les gendarmes en
armes, l'imposition, on nous l'impose.
Les soldats se battent.
"... cette foule de morts qui a péri dans des batailles sans nombre, non seulement parce que c’est la fatalité inévitable de la guerre, mais parce que ceux qui meurent par le sort des armes
pouvaient aussi donner la mort à leurs ennemis, et n’ont point péri sans se défendre. Là où le danger et l’avantage sont égaux, l’étonnement cesse, et la pitié même s’affaiblit; (Voltaire)
"Devant nous gisaient, à perte de vue, des Français morts ou blessés. Les allemands morts gisaient là eux aussi... Les cadavres pour la plupart étaient horribles à voir, certains étaient face
contre terre, d'autres allongés sur le dos. Du sang, des mains crispées, des yeux vitreux, des visages convulsés." (Dominik Richart, paysan alsacien)
Tolstoi a décrit, dans Guerre et Paix, l’engrenage absurde mais inexorable qui conduit à la guerre. Ne pourrions nous pas tirer profit de ces expériences pour ne pas recommencer ?
"A partir de fin 1811 commencèrent l'armement intensif et la concentration des forces de l'Europe occidentale, et en 1812 ces forces - des millions d'hommes- se mirent en marche en
direction des frontières russes qu'elles franchirent le 12 juin. La guerre commença, c'est à dire que s'accomplit un événement contraire à la raison et à la nature humaine. Des millions d'hommes
commirent les uns à l'égard des autres un nombre infini de forfaits, de duperies, de trahisons, de vols, de pillages, d'incendies et de meurtres.
Quelles furent les causes de cet événement extraordinaire? Les historiens disent avec une assurance naïve : l'offense faite au duc d'Oldenbourg, l'esprit de domination de Napoléon, la fermeté
d'Alexandre, les fautes des diplomates, etc.
En conséquence, il eut suffi que Metternich, Roumiantzev ou Talleyrand, s'appliquassent à rédiger une note bien habile ou que Napoléon écrivit à Alexandre : "Monsieur mon frère, je consens à
rendre le duché au duc d'Oldenbourg", et la guerre n'aurait pas eut lieu.
Nous ne comprenons pas que des millions de chrétiens aient pu s'entre-tuer et se faire souffrir parce que Napoléon était avide de puissance, Alexandre ferme, la politique de l'Angleterre retorse
et le duc d'Oldenbourg offensé. Nous ne voyons pas comment l'affront fait à un duc a pu déterminer des milliers d'hommes venus de l'autre bout de l'Europe à tuer et à ruiner les habitants des
provinces de Smolensk et de Moscou et à être tués par eux.
Plus nous plongeons dans la recherche de ces causes, plus nombreuses elles se découvrent à nous, et chacune d'elles prise séparément nous apparaît aussi juste en soi que fausse par son
insignifiance en regard de l'immensité de l'événement. Le refus de rengager d'un caporal français nous apparaît comme une cause tout aussi valable que le refus de Napoléon de rendre le duché
d'Oldenbourg : car si ce caporal, si tel soldat, puis un deuxième, un troisième, un millième avaient refusé de reprendre du service, la guerre n'aurait pas pu avoir lieu.
Il fallait que des millions d'hommes, abdiquant la raison et tout sentiment humain, marchassent vers l'est et tuassent leurs semblables.
Les actes de Napoléon et d'Alexandre, d'un mot de qui, dépendait, semblait-il, que l'événement se produisit ou pas, étaient aussi peu libres que ceux de chacun des soldats qui faisaient campagne
par tirage au sort ou par recrutement. Il fallait que des millions d'hommes, entre les mains desquels se trouvait la force effective, acceptassent d'accomplir la volonté de ces individus isolés
et faibles.
Tout homme vit pour soi, exerce sa liberté pour atteindre des fins particulières et sent de tout son être qu'il peut ou non accomplir tel ou tel acte.
Il y a deux faces dans la vie de tout homme : la vie individuelle et la vie élémentaire, grégaire, où l'homme se soumet inévitablement aux lois prescrites." (Tolstoi)
Marcher au pas, en troupe, en groupe, c’est perdre son autonomie, son libre arbitre et sa propre volonté.
"Le pluriel ne vaut rien à l'homme et sitôt qu'on
Est plus de quatre on est une bande de cons." (Georges Brassens)
"Je me pose en m'opposant", ce qui n'est pas facile :
1915. Le Tyrol. «On voulait se lier d’amitié avec la tranchée autrichienne. On s’est dit : Si on essayait d’envoyer des pierres avec des bouts de papier pour leur faire comprendre qu’on se tire
dessus alors qu’on n’est pas coupables ?" […] Nous nous sommes mis d’accord pour cesser les combats. Nous avions même fait une patrouille mélangée d’Italiens de chez nous et d’Autrichiens. Et on
passait le long des lignes en faisant cette propagande. Alors tout le monde arrêtait les combats et personne ne tirait plus. Quand ils se sont aperçus que le mouvement s’étendait, les officiers
autrichiens et les officiers italiens se sont réunis. Nous devions tous être fusillés." (Lazare Ponticelli)
A Noël 1914, il y eut de nombreux actes de fraternisation entre les tranchées allemandes et anglaises- françaises. Les hommes s’avançaient les uns vers autres sans arme, échangeaient nourritures,
boissons, adresses et se souhaitaient bonne chance. Mais la fraternisation ne durera pas. Les commandements respectifs réagissent avec vigueur. Le régiment écossais est dissous, le régiment
français est envoyé à Verdun et le régiment allemand sur le front russe. i. Mais qui est l’ennemi ? Ces hommes, qu’ils soient français, allemands, n’avaient qu’une seule envie : rentrer chez eux
et vivre en paix !
Plus qu’ennemis, ces combattants, d’un camp ou de l’autre, étaient bien frères… de misère, de chair à canon.
Une forme élégante de résistance: "I would prefer not to" (Herman Melville)
Sebastien Haffner "Je portais un uniforme, un brassard avec une croix gammée. Je me mettais au garde-à-vous et j'astiquais mon fusil. Mais rien de tout cela ne comptait. On ne m'avait pas demandé
mon avis. Ce n'est pas moi qui faisait cela. C'était un jeu et je jouais un rôle."
Si la guerre semble si absurde et cruelle, pourquoi existe-t-elle ?
Piste. Garder son autonomie, sa liberté de penser.
(à suivre)