Lundi 21 avril 2008
(violence suite)
Imaginons un monde sans violence. La terre ne serait-elle pas le Paradis ? A l’immortalité près, pour ceux qui y tiennent. Car me semble-t-il, la différence entre le Paradis et l’Enfer, c’est la violence. What else ? (George C.)

On ne peut parler de violence sans évoquer la torture.

On appelle torture l'activité consistant à produire une souffrance intense ou longue, psychologique ou physique, en évitant ou du moins en retardant la mort.
Le tortionnaire tient sa victime à sa merci, elle ne peut pas s'échapper. Les objectifs et les motivations du tortionnaire peuvent être divers :
    * révélation d'informations secrètes, obtention d'aveux ;
    * châtiment de fautes réelles ou imaginaires ;
    * terroriser des populations ou des organisations politiques, en ciblant des membres d'un groupe de personnes particulier, afin que les autres restent passifs de peur d'être victimes à leur tour ;
    * plaisir sadique ;
    * préparation psychologique, visant à convaincre la victime qu'elle est faible en vue d'obtenir sa complète soumission ;
    * suivisme ordinaire du tortionnaire qui ne fait (selon lui) que suivre les ordres ou les procédures ;

La torture est interdite par la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Convention de Genève).
L'Administration Bush a essayé de dispenser la CIA de cette interdiction dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
 Voici une question classique d'éthique : La police a capturé un terroriste qui a placé une bombe dans un lieu public. La police peut-elle utiliser la torture pour connaitre l'emplacement de la bombe et sauver ainsi des vies humaines ? La série TV américaine, donc mondiale, "24 heures Chrono", donne, sans discussion possible  puisque le temps est compté, la réponse : oui. Mais comment croire à l'urgence de la décision et à l'obligation du oui, connaissant les mensonges de l'Administration sur la réalité des armes de destruction massive en Irak ? La torture est la négation de la démocratie. Le terrorisme aussi.

Teza est prisonnier politique dans une geôle de Birmanie. Il est sérieusement passé à tabac. "la colère submerge son corps et son esprit. Chaque respiration est de la rage pure. Teza veut tuer le tortionnaire, ou le directeur, ou un des généraux. Ou tous les généraux. Il les tuerait sur-le-champ s'il avait un pistolet ou qu'ils étaient dans sa cellule avec lui. Sa bouche se remplit des pires injures qu'il connaît...Il entend à nouveau les paroles du gardien, les cris, il sent le coup sur son crâne, la torsion soudaine de sa mâchoire. Lorsqu'il se met à méditer, il doit tourner et retourner ces sensations jusqu'à ce qu'elles commencent à changer.
La respiration lui enseigne à faire cela...
Il se prosterne trois fois devant un autel invisible et scande une prière à voix basse. Puis il s'assied en tailleur, les paumes vers le haut, la droite sur la gauche. Il inspire par le ventre, suit le souffle qui passe par le nez pour entrer dans son corps...La respiration démarre au milieu de son ventre, monte, monte le long de ses vertèbres jusqu'à sa nuque, puis descend, descend encore pour ressortir par les doigts de son pied droit. Il recommence, et suit sa respiration qui sort par sa jambe gauche... ce sont de longues et bonnes méditations, lorsqu'il trouve son propre squelette et peut discerner séparément ses os et ses muscles tandis que les inspirations et expirations se coulent dedans. Sa respiration peut le rafraîchir à la saison chaude et le réchauffer pendant les pluies froides...En suivant sa respiration, il se retrouve. Malgré sa colère, il sait qu'il ne tuerait aucun des hommes qui lui ont fait du mal. Comment le pourrait-il alors qu'il y a déjà tant de mal, tant de personnes assassinées et torturées?
Avec l'inspiration, il sent la douleur à l'endroit du coup de poing. Avec l'expiration il sent la douleur. Mais chaque inspiration et chaque expiration en changent la nature. Sa conscience se déplace de la douleur dans la mâchoire à sa rage contre le gardien. Toutefois, dès qu'il examine sa rage, elle s'étire en autre chose, dirigée moins vers le gardien que contre les généraux au pouvoir... Lorsqu'il rejette une longue expiration, il sent une douleur aiguë. De la tristesse pour le gardien? Ce serait ça ?...La seule façon d'arrêter une guerre est de cesser de haïr son ennemi.
... "La vie est souffrance. En voyant, en acceptant et en comprenant la vérité de la souffrance, l'oeil apparut, la connaissance apparut, et la lumière apparut."
Je ne baisse pas les bras. Je mets fin à la guerre... Je ne peux plus les haïr. Je ne les hais plus... ceux qui m'ont enfermé ici. Les généraux, les agents de sécurité, le directeur. Tous. Même le gardien. Je ne dois pas le haïr pour ce qu'il m'a fait. J'ai mis fin à la guerre. Ma guerre. Elle est finie." (Karen Conelly)

"La souffrance existe/ le sens de la souffrance n'est autre que le désir/la souffrance disparaît quand on se détache du désir/ tout est impermanent/ travaillez à votre propre salut" (Bouddha)

"J'ai envie de tuer ceux qui encensent la douleur, qui y voient une beauté sombre et élégante ! Ils croient qu'elle  entraîne  un sentiment d'existence brûlant, enrichissant, qui justifie le léger inconfort qui l'accompagne... Ils ne connaissent pas la laideur de la douleur dans le monde. La douleur est la déesse de la laideur." (Alona Kimhi)

La résistance à la torture est certainement l'exercice de concentration et de méditation le plus absolu pour ne pas devenir fou de douleur. Piste : chercher et partager la beauté, dans l'art et la nature, mépriser la laideur des bourreaux. Ces pauvres cons pas très marrants cherchent à se rendre intéressant à tout prix !

(à suivre)
par Jean-Claude Denecé publié dans : politique
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