(la violence suite)
Imaginons un monde sans violence. La terre ne serait-elle pas le Paradis ? A l’immortalité près, pour ceux qui y tiennent. Car me semble-t-il, la différence entre le Paradis et l’Enfer, c’est la
violence. What else ? (George C.)
Au-delà du mal
Au départ, pervertir (per-vertire), faire tourner, mettre sens dessus-dessous, corrompre. Puis, le pervers devient celui
qui montre une tendance pathologique à accomplir des actes immoraux. Mais la moralité variant dans le temps, l’immoralité aussi.
"Le pervers est quelqu’un qui jouit de faire le mal et qui en a conscience... tous les êtres humains ont des fantasmes pervers : envie de tuer, de nuire, de s'exhiber, de dominer, de faire
souffrir. C'est en cela que la perversion est la part obscure de nous-mêmes, sauf que nous ne passons pas à l'acte. L'éducation, la culture et la civilisation nous incitent à mettre notre pulsion
de destruction et de cruauté au service du bien et de la création.
On ne devient réellement pervers que lorsqu'on concrétise nos fantasmes pervers, soit à titre individuel, soit de façon organisée, comme dans les dictatures où l'Etat devient tortionnaire et
persécuteur. Les pervers qui passent à l'acte nous révèlent cette part cachée de nous-mêmes. Sans eux, on ne saurait pas ce qu'est le bien, puisqu'ils nous montrent le mal. La perversion est
nécessaire à la civilisation.
Beaucoup plus grave est d'avoir affaire à un système pervers puisque, dans ce cas, la loi est du coté du mal." (Elisabeth Roudinesco)
"... les crimes sexuels, reflets d’une véritable fascination dans une société qui fait le lit d’une pornographie banale et généralisée. L’omniprésence du thème des agressions sexuelles conjugue de
plus en plus étroitement le sexe et la violence. Le sexe n’est jamais apparu autant qu’aujourd’hui comme un danger qui rôde, comme une ombre inquiétante qui menace toutes les relations." (Serge
Hifez)
Pédophile veut dire : celui qui aime les enfants, un peu trop. N’aimons nous pas tous les enfants ? Vers 1990, donc récemment, le mot a pris une valeur très négative avec abus sexuel, et même
violence et assassinat. Le pédophile, celui qui ose s’attaquer à l’image sacralisée de l’enfant innocent, occupe plus qu’un autre la place du déchet, de celui qui a définitivement perdu sa part
d’humanité.
"Une Allemande en noir avec des lèvres mortes, elle parle d'une voix à peine audible. Avec elle une petite fille qui porte des ecchymoses noires veloutées, sur le cou et le visage. Un oeil est
enflé, sur les bras des bleus énormes. Cette petite fille a été violée par un soldat de la compagnie de transmissions de l'état-major général." (Vassili Grossman)
Viol d’un petit garçon par son père dans une famille bourgeoise des années 1970. « Je voulais parler de la force invincible du pardon, quand l’enfant, après le viol, dit au père : «Ne t’inquiète
pas, tout est fini.» Ce qui est insupportable, c’est que la victime puisse pardonner au bourreau. L’enfant a compris que la violence la plus terrifiante, c’est celle que te fait subir la personne
en qui tu as le plus confiance. C’est la trahison absolue. Pourtant, l’enfant pardonne et les rôles s’inversent. C’est le père qui doit porter la faute. (Romeo Castellucci) »
Gilles de Rais, compagnon de guerre de Jeanne d’Arc, « démon à côté d'un ange », fut condamné et exécuté pour avoir immolé des enfants, soit pour mettre plus de raffinement dans ses plaisirs
abominables, soit pour employer leur sang, leur cœur ou quelques autres parties de leurs corps dans ses charmes diaboliques.
Georges Bataille voit en Gilles de Rais la figure exemplaire d’une époque de la féodalité où la raison balbutiante n’avait pas encore muselé la fête archaïque de la violence : « Sa noblesse a le
sens d’une violence ne regardant rien et devant laquelle il n’est rien qui ne cède ».
Disons plutôt que Gilles de Rais fait partie des 5% de personnes à tendance psychopathe qui, du fond de son château-fort, a pu donner libre cours à des cruautés satanistes.
«Je suis le démon», avait proclamé Charles Manson pendant son procès, en 1971. A

en
juger par le nombre d’émissions de télévision qui sont régulièrement consacrées à Manson, beaucoup d’Américains sont de cet avis, et continuent d’entretenir une fascination morbide à l’égard de ce
gourou psychopathe qui a fait exterminer par ses disciples, durant deux nuits consécutives, les occupants de deux maisons de Los Angeles, en août 1969. Parmi les victimes de cette orgie sanglante
au couteau et au fusil figurait l’actrice Sharon Tate, enceinte de huit mois et demi au moment du meurtre, qui s’est déroulé en l’absence de son mari, le metteur en scène Roman Polanski.
Du point de vue de la nature humaine décrite par ses pulsions génétiques et biologiques, la pulsion de meurtre voudrait expliquer que l'humain est programmé pour tuer. L’Instinct, comme ailleurs
Dieu, serait alors le principe explicatif passe-partout pour justifier absolument et définitivement ce que nous ne comprenons pas. Non, il suffit de regarder un documentaire ou un film (Full Metal
Jacket de Kubrick) sur la formation et l’instruction militaire des commandos, Légion étrangère, paras, Marines pour se rendre compte qu’il faut apprendre à tuer, et même que ce n’est ni facile ni
naturel. Pas d’angélisme, l’homme naît-il bon ? est un sujet de discussion de fin de soirée avec fumette. Ce qui existe, ce sont des académies de médecine pour apprendre à des jeunes à
soigner les gens et des académies militaires pour apprendre à des jeunes à tuer les gens. A chacun selon sa vocation.
Les enfants ont besoin d’être aimés et, encore plus, compris. Mais qu’est-ce que sa mère lui a fait à Saddam Hussein pour qu’il ait été si cruel ? ou pas fait ? Ou son père ? Comment
devient-on dictateur sanguinaire? Saddam se prenait pour Saladin.
« Chirac est le genre d’homme que toutes les mères auraient aimé avoir comme fils » (un ami) Voulait-il dire que les mères pour simplement perpétuer la race, protéger la famille, assurer l’avenir
et pour leur propre orgueil préfèrent un fils fort, même menteur, … même despote cruel ?
Revenons au mythe d’Abraham, celui qui a eu la révélation de Dieu, la vision, celui qui a affronté son propre père car il ne veut plus adorer les dieux de sa tribu, celui qui ne s’est pas soucié de
Sarah sa femme et la mère, ni d’Isaac son fils en acceptant de sacrifier son propre fils pour obéir à son nouveau Dieu Yaveh. Au moment où Abraham va trancher la gorge de son fils, Dieu retient sa
main. Que les croyants pardonnent cette réflexion sacrilège : les exécutions simulées font partie de l’arsenal courant des tortures. Et puis, psychanalyse oblige, comment Isaac a t-il vécu après ce
moment délicat ? Papa, non, me fais pas ça ! Cet épisode terrible de la Bible, il y a plus de 3300 ans, est fondateur dans les trois religions monothéistes. Depuis, une bonne partie de l’humanité,
Juifs, chrétiens et musulmans adorent ce dieu qui a commis là une action qu’on pourrait qualifier de perverse. Comment s’étonner que l’humanité placée sous une telle égide soit déchirée par des
guerres continuelles et des actes barbares ?
Non au patriarcat avec des pères aussi insensés qui ont des visions de meurtre. Les pères que je connais, pleins d’amour pour leurs fils, jamais au grand jamais, n’obéiraient à un tel ordre. Ils ne
sont pas soumis !
Pères orientaux, n’envoyez pas vos fils se faire exploser en martyrs. Les fils occidentaux ont déja envoyé des pavés dans la gueule de leur père.
Un ami avait écrit, en tremblant de son audace, sur un mur en 68 : "Vieux, vous êtes vieux" !
La piste redevient ambiguë. Que faire de ses visions ?
(à suivre)